Le désir ( pour TL)

Publié le par Christophe Leconte

LE DESIR ( Pour TL)

Ambivalence de l'attitude envers le désir: tour à tour condamnation par la tradition et reconnaissance de son caractère producteur.

On cherchera dans un premier temps l'origine des diverses positions face au désir pour envisager quelle attitude possible sa réalité engendre.

I paradoxes et ambiguïté du désir:

 

A/ paradoxes

 

1/- Recherche et refus de la satisfaction

le désir veut et ne veut pas être satisfait.

Au premier abord il semble que tout désir cherche sa satisfaction, le désir serait pure négativité, ce dont la fin est la disparition, comme la guerre a pour fin la paix le désir aurait pour fin la satiété.

Plus complexe cependant:

L'assouvissement du désir n'apporte pas la satisfaction, mais l'ennui, le vide:

«  Mais que la volonté vienne à manque d'objet, qu'une prompte satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voila tombés dans un vide épouvantable, dans l'ennui. » Schopenhauer Le monde comme volonté et comme représentation.

Cf. aussi la nouvelle Héloïse : " malheur à qui n'a plus rien à désirer ! "

 

2/- Impossibilité de la définition de l'objet:

Veut un objet et ne sait pas lequel:

Aucun objet ne convient réellement au désir. Si l'on nous demande ce que vraiment nous voulons, nous répondrons le bonheur, mais le bonheur n'est pas définissable, il est, comme le dit Kant: « une synthèse de l'imagination. »

Aussi pouvons nous noter une ambiguïté du désir, un danger du désir. => une première ? est celle de l'attitude à adopter face au désir

 

B/ Ambiguïté

 

1/ ambivalence du manque

Illustrée par Platon dans le banquet: Fils de Poros et de Pénia

-> Le désir n'est pas pur richesse ou perfection car celui qui est comblé ne désire pas.

-> Il n'est pas pur pauvreté, car celui qui ignore qu'il manque de quelque chose ne le désire pas: l'imbécile ne désire pas l'intelligence.

Le désir et le manque n'est pas entièrement négatif, car permet de pressentir ce qui nous comblera ou est souvenir confus d'avoir été comblé, Cf. La nostalgie attaché au désir: étymologie de

désiderare.

 

2/ Ambiguïté: désir manque et production.

Le désir n'est pas seulement ce qui nous révèle ce dont nous manquons, le désir nous révèle aussi nous mêmes, le désir est affirmation de soi «  Nous n'avons pas l'appétit ou le désir d'une chose parce que nous la jugeons bonne; mais au contraire nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, que nous la voulons, que nous en avons l'appétit et le désir. » Spinoza Ethique III Th IX scolie

Le désir est donc ce qui nous permet de donner une valeur aux choses, il est par là source de nos représentations, des valeurs. La dépression d'ailleurs qui est perte de désir est suppression des valeurs, pour celui qui n'a plus de désir, par exemple parce qu'il avait crée un centre confiscatoire de ses désirs, considère que le monde n'a plus de valeur.

cf. Freud aussi: le désir est producteur puissance originelle.

 

Cette ambivalence du désir pose un problème pratique;: quelle attitude avoir par rapport au désir ?

 

 

II La gestion du désir:

 

A/ Sa limitation

 

Réponse identique de l'épicurisme comme du stoïcisme: Il faut régler les désirs:

«  Ma troisième maxime était de toujours chercher plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde. » Discours de la méthode Partie III, 3ème maxime.

Cf. Epictète.

L'Epicurisme est identique dans l'injonction du contrôle: Si nous sommes malheureux c'est que nous avons des désirs insensés, par exemple le désir d'immortalité qui entraîne la peur de la mort qui, elle n'est rien. Il y a 2 sortes de désirs: Les naturels et les non naturels. parmi les premiers il y a les naturels nécessaires et les non nécessaires. Seuls les naturels nécessaires sont à poursuivre si

nous voulons atteindre le bonheur: «  Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l'âme. »

Epicure Lettre à Ménecée.

 

Objections

L'attitude Stoïcienne et épicurienne envers le désir réduit le désir au besoin, mais le strict besoin humain est un mythe: les pulsions sexuelles ne se réduisent jamais à elles mêmes, elles sont polymorphes quand au but et quand à l'objet:

- Quant à l'objet: Transfert:

Par contiguïté, cf. fétichisme

Par ressemblance: sympathie éprouvée pour une personne qui ressemble à une personne que nous aimons.(Descartes et la louche)

 

- Quant-au but: Sublimation

Une curiosité sexuelle refoulée peut se sublimer en une curiosité intellectuelle: «  On appelle sublimation cette capacité d'échanger le but qui est à l'origine sexuel contre un autre qui n'est plus sexuel mais qui est psychiquement parent du premier . » La vie sexuelle p. 33 34

Aussi si un besoin peut être satisfait, parce qu'il porte sur un objet précis, un désir est toujours reconduit, il n'a pas d'objet prédéterminé. Cf. les tonneaux du Gorgias et celui des Danaïdes « l’expérience nous prouve qu'il existe de nombreuses déviations relatives tantôt à l'objet tantôt au but sexuel » Freud: 3 essais sur la sexualité.

 

 

b/ son orientation

L'entreprise Freudienne consiste en une compréhension de la nature dans tout désir d'une force originelle dont la puissance peut varier en fonction d'une force originelle mais surtout en fonction d'un investissement de cette force.

Un investissement dans des domaines contradictoires formeront un individu déchiré, dont les forces intérieures s'opposeront.

c'est ce à quoi aboutit l'éducation classique qui oppose le travail au plaisir, et interdit en conséquence

la participation de toutes les forces de l'individu à un même projet, ordonner à un enfant de travailler plutôt que de jouer c'est lui dire en substance: Emploie tes forces à l'obéissance au surmoi, ne les emploie pas à la recherche de ton plaisir. La conséquence est une perte d'énergie pour l'action et pour le plaisir, une neutralisation de l'individu.

La solution serait de faire employer les forces qui font rechercher le plaisir à un but socialement et personnellement valable: donner le goût à un travail.

 

Conception place le secret du désir dans le sujet du désir, sa psychologie ( contre tradition qui considère que le secret du désir est dans ce qu’on désire, l’objet )

Mais le désir peut-il se concevoir dans la relation isolée d’un sujet et d’un objet ?

 

III/ intersubjective du désir.

 

1) le désir de désir.

Le désir porte premièrement sur des objets ou des vivants; mais insatisfaction d'une telle poursuite, car ces objets me sont étrangers, le désir humain doit porter sur un autre désir humain. L'humain est double en ce qu'il n'est jamais ce qu'il est; le désir serait une tentative pour restaurer mon unité, me donner ce que je suis en me conférant une valeur.

Ce qui se reconnaît dans le mythe des androgynes d'Aristophane.

l'idéal de la reconnaissance est de me faire reconnaître par l'autre comme conscience, comme liberté.

Mais cette reconnaissance est presque impossible, je ne puis connaître l'autre que dans sa conduite, dans sa facticité objective, je vais alors vouloir saisir cette liberté engluée dans sa facticité. Telle est l'aporie du désir sexuel. je serais alors désiré, c'est à dire reconnu par un être, même si cet être

est pris dans sa facticité comme corps.

« Ce n’est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l’amour, ni une liberté hors d’atteinte, mais c’est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu. » Sartre L’être et le néant

 

2) La contagion du désir.

 

a) le désir spontané:

* Un type de désir correspond à la structure duelle, c'est le désir spontané, le désir qui vient de soi.

il définit l'individu passionné, capable de définir seul ses désir est de parvenir à les réaliser.

* Cependant ce désir a connu une mutation.

 

b) La médiation

*Le désir spontané, même d'un autre désir ne correspond plus à la réalité du désir, la vérité du désir est qu'il et contagieux, qu'un individu qui désire entraîne le désir d'un autre individu.

cet autre individu est le médiateur. «  Pour qu’un vaniteux désire un objet, il suffit de le convaincre que cet objet est déjà désiré par un tiers auquel s ’attache un certain prestige » Girard mensonge Romantique et vérité romanesque.

 

=> Définition nouvelle du désir selon le rapport qu'entretient le sujet désirant avec son médiateur.

Relation qui connaît une évolution par:

- L'intensification du désir

- La dégradation morale des sujets désirants.

 

La médiation externe

Le sujet désirant est très éloigné du médiateur, il ne pourra jamais l'égaler. Il lui voue une admiration qu'il peut affirmer.

* Ce passage correspond dans la littérature romanesque au Don Quichotte de Cervantes:

Don Quichotte ne désire combattre, que parce que le chevalier Amadis des légendes le désirait lui aussi.

* C'est ce médiateur de son désir qui transforme les objets, ou plutôt qui rend désirable des objets anodins, qui fait par exemple d'un plat à barbe le casque de Mambrin.

Objection par rapport à Sartre:

Le désir de l'autre n'est pas alors ce sur quoi porte notre désir, il est ce qui rend un objet désirable, ce qui dore le vil métal.

Cependant à ce niveau, il n'existe pas de rivalité entre le médiateur et le désirant, la douleur du désir ne se double pas de la douleur de la rivalité.

Conscience du processus cependant:

«  le héros de la médiation externe proclame bien haut la vraie nature de son désir » ibid Cf Don Quichotte et Amadis.

Médiation interne.

Le désir passe par un médiateur qui est proche du sujet désirant, accessible.

Conséquences:

Inconscience

- L'envie de ressembler à l'autre n'est plus affirmée, d'où mensonge et hypocrisie. «  le héros de la médiation interne, loin de tirer gloire, cette fois, de son projet d’imitation, le dissimule soigneusement » ibid

Illusion

Croyance que le secret du désir est dans l’objet du désir alors qu’il est dans le médiateur.

« Dans la querelle qui l’oppose à son rival (...) le sujet affirme que son propre désir est antérieur à celui de son rival ».

Révélation par le roman

Analyse de l’eternel mari de Dostoïevski: tous les romans sont centrés sur le sujet désirant ou l’objet du désir. Dostoïevski centre son roman sur le médiateur Velchaninov.

Pavel Pavlovich ne peut désirer que par le désir de son médiateur.

identification de l’origine de l’élection du médiateur.

Le désir est surtout un désir de type métaphysique. Le désir le plus puissant n’est pas un désir objectal mais un désir d’être, un désir métaphysique: «  Pour vouloir se fondre dans la substance de l’autre, il faut éprouver pour sa propre substance une répugnance invincible. » ibid

 

2 aspects du désir d’être: La coquetterie et le snobisme.

 

-> La coquetterie

La coquette désire être ce que désirent les autres, et est en même temps au dessus des autres. Elle puise son être dans le désir des autres, sans jamais les satisfaire.
«  Imiter le désir de son amant c’est se désirer soi-même grâce au désir de cet amant. Cette modalité particulière de la médiation double s’appelle la coquetterie. »

Laé coquête désire le désire de l’autre mais pour se refuser. L’amant voit dans se refus la preuve de l’autonomie de la coquette, dont le désir de l’amant n’est pas digne. Cette supériorité renforce le désir de l’amant, et cette croissance du désir alimente la coquetterie. Cercle vicieux.

 

 

 

- Mais surtout le désir est plus fort

- La rivalité se fait jour et se généralise, car le médiateur, en même temps qu'il désigne ce qui est désirable, en empêche la possession

cf. e snobisme:

Le snob ne va jamais affirmer le désir qu'il a d'appartenir a la caste plus élevé, Snob est une insulte qui signifie justement ne pas être ce qu'on veut être (sine nobilis ).

Les souffrances la honte et l'esclavage du sujet sont plus grandes parce que les rencontres avec le médiateur son plus fréquentes. L'existence confine à l'absurde.

Cf. Nerwinde dans Lamiel de Stendhal:

Nerwinde bourgeois fils de général d'empire veut copier un modèle d'aristocrate Mais il mène une existence laborieuse et ennuyeuse: où le désordre est méthodiquement organisé: Il se ruine consciencieusement en tenant des comptes fort exact, il joue au grand seigneur avec des méthodes et des habitudes de caissier pour oublier et faire oublier qu'il est le petit fils d'un chapelier de Périgueux.

Mais la caste plus élevée elle même est atteinte par la contagion, elle considère comme désirable ce qu'elle possède déjà et se met à le protéger, elle rentre en concurrence. Les bourgeois du XVIIIème copiaient ridiculement les seigneurs pendant que ceux-ci s'enfermaient dans une morale austère pur justifier leurs préjugés.

 

- Dégradation de la situation:

Lorsque le médiateur n'appartient plus à une classe identifiable. Paradoxalement l'égalité, bonne en soi devient un lieu de concurrence acharnée ou chacun désire selon l'autre.

C'est aussi souvent le cas du désir amoureux. Il n'est pas provoqué par une personne désirable, mais souvent par une personne déjà désirée.

Cf. dans le rouge et le noir, la ruse de Sorel qui séduit une marquise pour que Mathilde de la Mole revienne vers lui. C'est ce même procédé qui est utilisé en publicité.

- Conséquence politique également: La haine se multiplie comme la jalousie.

Le patriotisme qui est amour de soi fait place au nationalisme qui est haine de l'autre: La France de 1914 regorge de discours de haine sur l'Allemagne disciplinée guerrière et dominante car elle se voudrait elle même disciplinée guerrière et dominante.( exemple de Girard )

La haine du juif en 1930 n'est plus seulement une haine de l'étranger, c'est une jalousie envers celui qui possède ce que l'on veut posséder

 

Solution: le choix d'un médiateur externe, d'un modèle à imiter qui ne serait pas contaminé par la tentation de la rivalité.

Dévier notre attention, non plus sur le désir des autres, sur leur " mauvaise foi " ou leur snobisme, mais sur nos propres désir, afin de neutraliser " l'envie la jalousie et la haine impuissante. "

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Publié dans Cours

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