Le Désir (pour TS)
LE DESIR
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Conséquence : C’est bien plutôt par une psychologie du sujet que la compréhension du désir sera possible.
II COMPREHENSION DU DESIR PAR LE SUJET.
A) L’oubli de l’objet
1) Paradoxal désintérêt à l’égard de l’objet
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Si le désir avait son origine dans l’objet la force du désir devrait être proportionnel à la connaissance que nous avons de l’objet du désir.
Or on peut très bien développer une passion à l’égard d’un objet inconnu. Cf Fabrice Del Dongo, amoureux d’une femme dont il n’a vu que la silhouette à travers les bareaux d’une prison.
« Que connaissais-je d’Albertine ? un ou deux regards sur la mer. On aime sur un regard, sur un sourire, sur une épaule. »
On pourrait même dire que le désir est inversement proportionnel à la connaissance que nous avons de l’objet parce que nous pouvons le transfigurer par l’imagination.
La distance entre l’objet imaginé et l’objet connu peut même entaîner le profond désarroi du sujet du désir ( Cf La perspective Nevski)
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Le passionné reconnaît lui même la part de lui-même qu’il y dans sa passion, il reconnaît qu’il cristallise ( terme Stendhalien) dessus ses aspirations, ses valeurs etc. :
« Albertine n'était, comme une pierre autour de laquelle il a neigé, que le centre d'une construction qui passait par le centre de mon coeur. » Proust: Albertine disparue.
2) Distinction passion et amour
Le désir est du côté de la volonté de posséder, il correspond davantage à la passion qu’à l’amour. « Tout amour passion, tout amour du passé, est donc illusion d’amour et, en fait, amour de soi-même. » Alquié. Exemple du crime passionnel.
Alors que l’amour lui n’est pas désir de posséder mais altruise, volonté du bien de l’autre.
B) Pertinence de l’explication psychologique du désir passionnel.
1/ Origine dans un passé vécu comme manque
Le passionné réagirait à un manque antérieur en cherchant le comble symbolique de ce manque dans l’objet de la passion.
Ex: L’ambition ( désir passionné de reconnaissance) serait la tentative pour combler une humiliation antérieure
2/ Origine de la passion dans un passé vécu comme plénitude.
Autre possibilité: On pourrait par exemple considérer l'amoureux passionné comme un nostalgique d'une relation pleine éprouvée dans l'enfance.
- Considérer le double traumatisme: La première coupure qui est la naissance et la séparation. Cf mythe des androgynes, laisse une cicatrice visible, le nombril. - Autre traumatisme celui de l'enfant dépendant de la mère alternant entre la fusion totale et l'angoisse de la séparation. Reproduction possible du phénomène à l'age adulte.
Conclusion:
La passion serait donc à cet égard un refus du temps, un refus de considérer le passé comme passé
- Soit en considérant qu'il est présent par le manque qu'il a inauguré et les gestes présents qui tentent encore de le combler,
- Soit en considérant qu'il est encore présent en le faisant revivre au travers d'êtres qui l'évoque
Le désir se réduit-il à une relation entre un sujet et un objet ? Peut-on envisager une plus grande complexité du désir ?
III/ Le desir Mediatique:
Interviendrait dans le désir non seulement un sujet et un objet mais aussi un médiateur qui désignerait l’objet comme désirable.
a) le désir spontané:
* Un type de désir correspond à la structure duelle, c'est le désir spontané, le désir qui vient de soi.
il définit l'individu passionné, capable de définir seul ses désir est de parvenir à les réaliser.
* Cependant ce désir a connu une mutation.
b) La médiation
*Le désir spontané, même d'un autre désir ne correspond plus à la réalité du désir, la vérité du désir est qu'il et contagieux, qu'un individu qui désire entraîne le désir d'un autre individu.
cet autre individu est le médiateur. « Pour qu’un vaniteux désire un objet, il suffit de le convaincre que cet objet est déjà désiré par un tiers auquel s ’attache un certain prestige » Girard mensonge Romantique et vérité romanesque.
=> Définition nouvelle du désir selon le rapport qu'entretient le sujet désirant avec son médiateur.
Relation qui connaît une évolution par:
- L'intensification du désir
- La dégradation morale des sujets désirants.
La médiation externe
Le sujet désirant est très éloigné du médiateur, il ne pourra jamais l'égaler. Il lui voue une admiration qu'il peut affirmer.
* Ce passage correspond dans la littérature romanesque au Don Quichotte de Cervantes:
Don Quichotte ne désire combattre, que parce que le chevalier Amadis des légendes le désirait lui aussi.
* C'est ce médiateur de son désir qui transforme les objets, ou plutôt qui rend désirable des objets anodins, qui fait par exemple d'un plat à barbe le casque de Mambrin.
Objection par rapport à Sartre:
Le désir de l'autre n'est pas alors ce sur quoi porte notre désir, il est ce qui rend un objet désirable, ce qui dore le vil métal.
Cependant à ce niveau, il n'existe pas de rivalité entre le médiateur et le désirant, la douleur du désir ne se double pas de la douleur de la rivalité.
Conscience du processus cependant:
« le héros de la médiation externe proclame bien haut la vraie nature de son désir » ibid Cf Don Quichotte et Amadis.
Médiation interne.
Le désir passe par un médiateur qui est proche du sujet désirant, accessible.
Conséquences:
Inconscience
- L'envie de ressembler à l'autre n'est plus affirmée, d'où mensonge et hypocrisie. « le héros de la médiation interne, loin de tirer gloire, cette fois, de son projet d’imitation, le dissimule soigneusement » ibid
Illusion
Croyance que le secret du désir est dans l’objet du désir alors qu’il est dans le médiateur.
« Dans la querelle qui l’oppose à son rival (...) le sujet affirme que son propre désir est antérieur à celui de son rival ».
Révélation par le roman
Analyse de l’eternel mari de Dostoïevski: tous les romans sont centrés sur le sujet désirant ou l’objet du désir. Dostoïevski centre son roman sur le médiateur Velchaninov.
Pavel Pavlovich ne peut désirer que par le désir de son médiateur.
identification de l’origine de l’élection du médiateur.
Le désir est surtout un désir de type métaphysique. Le désir le plus puissant n’est pas un désir objectal mais un désir d’être, un désir métaphysique: « Pour vouloir se fondre dans la substance de l’autre, il faut éprouver pour sa propre substance une répugnance invincible. » ibid
2 aspects du désir d’être: La coquetterie et le snobisme.
-> La coquetterie
La coquette désire être ce que désirent les autres, et est en même temps au dessus des autres. Elle puise son être dans le désir des autres, sans jamais les satisfaire.
« Imiter le désir de son amant c’est se désirer soi-même grâce au désir de cet amant. Cette modalité particulière de la médiation double s’appelle la coquetterie. »
Laé coquête désire le désire de l’autre mais pour se refuser. L’amant voit dans se refus la preuve de l’autonomie de la coquette, dont le désir de l’amant n’est pas digne. Cette supériorité renforce le désir de l’amant, et cette croissance du désir alimente la coquetterie. Cercle vicieux.
- Mais surtout le désir est plus fort
- La rivalité se fait jour et se généralise, car le médiateur, en même temps qu'il désigne ce qui est désirable, en empêche la possession
cf. e snobisme:
Le snob ne va jamais affirmer le désir qu'il a d'appartenir a la caste plus élevé, Snob est une insulte qui signifie justement ne pas être ce qu'on veut être (sine nobilis ).
Les souffrances la honte et l'esclavage du sujet sont plus grandes parce que les rencontres avec le médiateur son plus fréquentes. L'existence confine à l'absurde.
Cf. Nerwinde dans Lamiel de Stendhal:
Nerwinde bourgeois fils de général d'empire veut copier un modèle d'aristocrate Mais il mène une existence laborieuse et ennuyeuse: où le désordre est méthodiquement organisé: Il se ruine consciencieusement en tenant des comptes fort exact, il joue au grand seigneur avec des méthodes et des habitudes de caissier pour oublier et faire oublier qu'il est le petit fils d'un chapelier de Périgueux.
Mais la caste plus élevée elle même est atteinte par la contagion, elle considère comme désirable ce qu'elle possède déjà et se met à le protéger, elle rentre en concurrence. Les bourgeois du XVIIIème copiaient ridiculement les seigneurs pendant que ceux-ci s'enfermaient dans une morale austère pur justifier leurs préjugés.
- Dégradation de la situation:
Lorsque le médiateur n'appartient plus à une classe identifiable. Paradoxalement l'égalité, bonne en soi devient un lieu de concurrence acharnée ou chacun désire selon l'autre.
C'est aussi souvent le cas du désir amoureux. Il n'est pas provoqué par une personne désirable, mais souvent par une personne déjà désirée.
Cf. dans le rouge et le noir, la ruse de Sorel qui séduit une marquise pour que Mathilde de la Mole revienne vers lui. C'est ce même procédé qui est utilisé en publicité.
- Conséquence politique également: La haine se multiplie comme la jalousie.
Le patriotisme qui est amour de soi fait place au nationalisme qui est haine de l'autre: La France de 1914 regorge de discours de haine sur l'Allemagne disciplinée guerrière et dominante car elle se voudrait elle même disciplinée guerrière et dominante.( exemple de Girard )
La haine du juif en 1930 n'est plus seulement une haine de l'étranger, c'est une jalousie envers celui qui possède ce que l'on veut posséder
Solution: le choix d'un médiateur externe, d'un modèle à imiter qui ne serait pas contaminé par la tentation de la rivalité.
Dévier notre attention, non plus sur le désir des autres, sur leur " mauvaise foi " ou leur snobisme, mais sur nos propres désir, afin de neutraliser " l'envie la jalousie et la haine impuissante. "