La volonté
LA VOLONTE
Volonté = souhait
désir.
Différence: La volonté est déjà en prise avec l'action: On peut souhaiter n'importe quoi, mais le fait de vouloir implique déjà la réalisation de cette volonté par un acte.
Je peux souhaiter être invisible mais je ne peux le vouloir parce que c'est impossible.
4 Moments dans l'acte volontaire:
Conception d'un projet, la délibération, la décision, l'exécution.
Possibilité de considérer que la volonté se situe dans la conception d'un projet ou dans la délibération.
I/ VOLONTE ET DELIBERATION
Délibérer n'est pas vouloir.
- On peut considérer un rapport entre la raison et la volonté:
Vouloir quelque chose c’est le concevoir et donc en délibérer en se servant de la raison
- Cependant ce dont je délibère n'entraîne pas obligatoirement la volonté. Je peux délibérer et conclure qu'une chose est meilleure sans que cela entraîne une volonté:
ex: Délibérer intellectuellement que tel parti politique a raison n'est pas forcément vouloir y adhérer..: « La raison réfute sans vaincre ou convainc sans persuader ni convertir, semblable à ces prédicateurs éloquents qui font changer d'opinion mais pas de conduite. Les raisons de la raison sont des raisons, non d'agir mais de s'abstenir ou d'attendre. » Jankélévitch
l'intelligence peut même paralyser la volonté. Exemple de l'aboulique.
Si on réduit la volonté à la simple délibération on confond alors la volonté qui s'inscrit dans une action future du simple souhait. Il y a donc dans la volonté une insertion dans l'action:
Volonté n'est pas décision
La volonté pourrait alors se trouver dans la décision: ce que je veux c'est ce que je décide.
Mais la seule décision ne fait pas une volonté: Je peux décider d'entrer dans un parti et ne pas exécuter cette décision: La décision n'est elle même décision que lorsqu'elle s'exécute, en s'inscrivant dans les choses et parmi les obstacles « Je vais déchirer cette lettre mais le papier résistait dans le temps de la résistance je change d'avis, je la classe. » Alain
l'acte seul est la preuve de l'authenticité du projet parce que seul il en est l'épreuve.
- C'est la différence entre le velléitaire qui n'a que des voeux pieux, qui décide toujours de travailler et qui ne met jamais ces décisions à exécution et le volontaire.
- La volonté est donc irréductible à la raison délibérante ou à ses résultats:
La raison nous sert à comprendre des rapports par ex. des rapports entre des moyens et des fins mais elle ne s'occupe pas des fins. Elle nous dit par exemple si je veux réussir il faut que je travaille mais elle ne nous fait pas vouloir réussir
La volonté suppose donc autre chose que la raison
Une fois que j'ai un désir la raison peut nous éclairer sur les moyens de le réaliser mais d'elle même elle ne peut créer aucun désir. Si nous étions extrêmement intelligent mais sans désir nous ne ferions rien
=> Etre capable de volonté c'est avoir des désirs.
II DESIR ET VOLONTE
1) Réduction de la volonté au désir:
L'hésitation révèle la multiplicité des désirs. La volonté exprime un désir exclusif.
2) Distinction du désir et de la volonté:
Désir désigne un souhait même irréalisable, le désir est le monde du rêve. Le désir n'est pas action mais rêve et prière.
Ex: On peut désirer la fin d'un guerre. Mais on ne peut le vouloir parce que cela ne dépend pas de nous. On peut par contre vouloir s'engager pour hâter cette fin parce que on peut agir, commencer les actes qui le permettront.
Le langage courant comprend bien la différence entre le désir et la volonté, un désir qui n'est pas en relation avec l'action on l'appelle péjorativement un voeu pieu, pour montrer l'absurdité d'un volonté qui ne s'incarne pas, il est par exemple facile de " vouloir " que le monde progresse en récitant " délivrez nous du mal ! "
On ne peut donc vouloir que ce à quoi l'on peut quelque chose: Il n'y a de vouloir que par un pouvoir qui l'incarne. Autrement dit vouloir c'est pouvoir.
- Cependant considérer froidement que l'on peut agir n'est pas non plus suffisant ce qui permet de passer du désir à la volonté, est le travail. On peut désirer n'importe quoi on ne peut vouloir qu'un oeuvre.
On peut pour illustrer cela par la conception Freudienne de la maturité:
Le monde du désir est celui de l'enfant, celui de la volonté et du travail est le monde de l'adulte. La magie action qui porte sur des désir est une caricature de la volonté par le désir.
La volonté réside donc dans des actes immédiats, c'est pour cela qu'elle réside dans l'exécution. « Le passager , désire une autre mer et un autre ciel; le pilote déplace un peu la barre » ALAIN.
Le désir porte sur l'avenir qui m'échappe, l'acte volontaire s'inscrit dans le présent. Demain est le temps du désir, aujourd'hui est le temps de la volonté.
Conclusion la volonté se situe dans la réalisation de l'acte, dans son exécution.
La possibilité de réalisation n'est pas seul à distinguer désir et volonté.
Un désir même exclusif et réalisable n'est pas une volonté:
Un désir tout puissant n'est pas une volonté mais une obsession d'ordre passionnelle.
L'homme de volonté est au contraire celui qui résiste à ses désirs qui se lève lorsqu'il voudrait dormir, qui continue de travailler lorsqu'il est fatigué. La volonté serait un pouvoir d'arrêt par lequel je me ressaisis, je me domine et je résiste à un désir.
La volonté n'est pas l'irrésistible désir qui me possède, mais la force de retenir ce désir, de le retenir.
La volonté ne serait pas désir mais effort.
III LA VOLONTE COMME EFFORT
Il ne s'agit pas de l'effort musculaire: mais de l'effort mental Il faut faire un effort pour travailler lorsque l'on en a pas envie mais l'effort principal n'est pas celui de lever son stylo mais bien celui de décider de travailler, autre exemple le suicide, décider le suicide est difficile mais l'effort d'appuyer sur un gâchette est dérisoire.
Problème: Quelle est cette force qui dit je veux et qui résiste aux tentations et aux désirs ?
c'est une "force additionnelle, indéterminée, ante rem. Nous pouvons l'augmenter ou la diminuer à volonté W.James précis de psychologie.
La volonté est un fiat " que cela soit " . Le corps exécutera la consigne, mais ce qu'il faut c'est consentir à la décision, porter attention sur elle seule. " le vouloir le plus volontaire qui se trouve essentiellement réalisé dans l'attention que nous donnons à une représentation difficile pour la maintenir énergiquement sous le regard de la conscience. C'est cela même qui constitue le fiat. "
Cf. Descartes ; je peux refuser l'évidence métaphysique du 2+2 = 4 ou même du " je pense donc je suis ", il suffit de refuser d'y prêter attention.
On croit ce qu'on voit mais on voit ce qu'on regarde et on regarde ce qu'on veut.
Loin d'être rattachée aux tendances la volonté se rattache donc à la seule expression de mon esprit, elle est le contraire du désir. La volonté serait irréductible à autre chose qu'elle même, je veux parce que je veux serait la seule réponse possible à une recherche concernant la volonté et on devrait s'arrêter à la définition métaphysique du libre arbitre, pure et inexplicable pouvoir de faire ou de ne pas faire, de dire oui ou de dire non. " Elle ( la volonté) consiste en ceci que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose nous ne sentons point aucune force extérieure qui nous y contraigne."
Méditations IV
IV LE PROBLEME DE LA MOTIVATION.
Certes c'est l'attention accordée à tel désir va lui donner du relief et le transformer en mobile.
Cependant l'attention est peut être orientée par des tendances ou des motivations.
Néant explicatif de la volonté: Dire que la force que nous opposons à nos désirs est la volonté, c'est se payer de mots. La vertu volitive de la volonté ne vaut pas mieux que la vertu dormitive de l'opium.
Critique de Spinoza: la volonté est une abstraction à partir de nos décisions concrètes comme l'humanité est formée d'hommes concrets: « Il est aussi impossible de concevoir que la volonté soit la cause de telle ou telle volition que de croire que l'humanité soit la cause de Pierre ou de Paul. » SPINOZA Lettre à Oldenburg
Un libre arbitre étranger à mes préoccupations concrètes serait un étranger pour moi.
Démonstration de l'absurdité du fiat par l'exemple de l'éducation:
Pédagogie qui ordonne à l'enfant d'apprendre parce que c'est son devoir au mépris de ce qui l'intéresse, de ses besoins et de ses curiosités.
un peu de volonté et les tables de multiplication entreront dans les jeune cerveaux.
Cette pédagogie fondée sur la liberté du vouloir se reniait elle même , elle reposait puissamment sur les tendance de l'enfant par le puissant appareil des punitions et des récompenses. Il s'agissait plus d'un dressage que d'une éducation. On disait "il faut parce qu'il faut et il suffit de vouloir pour apprendre "; mais en réalité l'enfant n'apprenait que parce que la crainte le poussait . Cette pédagogie se condamne elle même en devenant son propre contraire: un pédagogie de chien de cirque ou les automatismes de la peur et du désir caricaturent la liberté du vouloir.
Si cette pédagogie avait cependant une plus grande efficacité, c'est que la peur et le désir sont des ressorts plus universels que la curiosité ou l'intérêt qui, eux, demandent un travail préalable.
Paradoxe de l'explication du vouloir:
IL reste que je peux toujours m'opposer à un désir. Mais la force additionnelle qui rentre en jeu peut tout simplement être celle d'un désir puissant
Aboutissement à une conception mécaniste du psychisme comme celle de Freud: Si je refuse d'obéir à mes désir ce n'est pas la manifestation de ma liberté mais l'intervention de mon obéissance aux valeurs parentales que j'ai intériorisées (exemple ).
Il va donc y avoir une hiérarchie de mes désir et c'est le plus fort qui va l'emporter.
- La volonté n'est pas une faculté mystérieuse, un premier commencement où la motivation n'interviendrait pas.
- elle n'est pas la somme de mes tendances.
- Elle n'est pas une intelligence pure car celle ci ne mène pas à l'action.
Pourtant il n'est pas de volonté sans tendance ni sans réflexion.
L'acte volontaire est donc celui qui opère une synthèse réfléchie de mes tendances en vue d'une action dans le monde.
Toute action implique des mobiles. Seulement l'homme de réflexion ne cède pas aux 1ères sollicitations. La volition s'oppose à 'l'impulsion. Entre une situation et la rédaction volontaire il y a la place de la réflexion et de la conscience, la se situent le choix et la considération des possibles.
L'acte volontaire est celui qui s'est précédé lui même en tant que possible pensé.
Opposition du schéma volontaire et du déterminisme psychologique:
Dans le déterminisme un mobile inconscient agit comme cause et s'exprime dans un acte.
Dans le schéma volontaire ce mobile, conscient, devient u but à atteindre, une fin pour mon action, un motif.
Au lieu de subir une pulsion je me propose une tâche.
Cela permet alors, comme on dit de savoir ce que l'on veut, de prendre conscience de ce que sont nos exigences les plus fondamentales, de rejeter celles qui le sont moins, nos caprices par exemples, de hiérarchiser nos désirs, de ne pas subir l'impulsion qui me pousserait à faire des actes que je ne pourrais revendiquer mais toujours agir en fonction de ce que je considère comme mien. La volonté va empêcher le moraliste de tromper sa femme même si une sollicitation se présente, elle va empêcher l'homme d'honneur de fuir même s'il a peur.
( Attention le résultat n'est pas le même que dans l'intervention du surmoi contre un désir. La personne est consciente de ses tendances mais choisit de privilégier une tendance sur une autre en fonction d'un projet d'existence pensé.)
Avec la volonté s'opère donc une synthèse des tendances et une hiérarchie. Le problème est alors de savoir en fonction de quelle table de valeur la hiérarchie va s'opérer. cela est du ressort de la morale, mais ce qui est plus important que les normes en fonction desquelles l'homme hiérarchise ses tendances, c'est le fait qu'il les hiérarchise pour instaurer comme le dit Goethe « la seigneurie de soi-même. »