La nature
LA NATURE
I UNE OPPOSITION ENTRE LA NATURE ET LA CULTURE ?
A) Tentative de réduction de la culture à la nature
1) Tentative biologico génétique.
La distinction entre la culture et la nature serait uniquement instrumentale et illusoire. Elle elle aurait pour cause une volonté de supériorité de l’espèce humaine. La science permettrait de mettre fin à ces illusions en montrant les causes ignorées, donc inscrites dans la biologie, dans la nature de l’homme, de ses comportements.
Déjà Spinoza ancrait notre comportement dans une nature ignorée, en affirmant que notre liberté n’était qu’une illusion ayant pour origine « l’ignorance des causes qui nous font agir. La génétique, la biologie ( et surtout la sociobiologie) offrent une argumentation précise à cette option philosophique.
Déjà Spinoza ancrait notre comportement dans une nature ignorée, en affirmant que notre liberté n’était qu’une illusion ayant pour origine « l’ignorance des causes qui nous font agir. La génétique, la biologie ( et surtout la sociobiologie) offrent une argumentation précise à cette option philosophique.
La génétique du comportement prétend déterminer le comportement en fonction de facteurs génétiques.
- Sur le plan pathologique : Dans la revue Science une étude de Klaus Peter Lesch, professeur de neurobiologie à l’université de Würzburg, relatant une découverte : la mise au jour de l’origine génétique de certaines formes graves d’anxiété névrotique.
- Egalement sur le plan purement comportemental : Certaines études ont été menées pour considérer l’origine génétique de l’homosexualité.
« Toute activité mentale ; quelle qu’elle soit, réflexion ou décision, émotion ou sentiment, conscience de soi … est déterminée par l’ensemble des influx nerveux circulant dans des ensembles définis de cellules nerveuses, en réponse ou non à des signaux extérieurs. J’irai même plus loin en disant qu’elle n’est que cela. " Jean-Pierre Changeux L’Homme neuronal
2) Ethologie
Détermine une proximité entre le comportement animal et le comportement humain.
Par exemple Konrad Lorenz analyse une proximité évidente de manifestation physiologique entre un grand singe confronté à un danger menaçant le groupe et un patriote qui entend un hymne national. C’est ce qu’il appelle l’enthousiasme militant. Autrement dit nos comportements,que nous croyons être le résultat d’un choix ne serait q’une adaptation de notre système nerveux. Cf aussi Laborit.
3) Humanisation ou Hominisation.
Une partie des recherches scientifiques voudrait donc montrer que l’homme est dans une ignorance de sa nature, et que ce qu’il prend pour une spécificité, sa culture est en réalité le résultat d’un processus naturel.
La culture de l’homme ne serait pas le résultat d’une humanisation, historique c'est-à-dire un détachement à l’égard de la nature par des règles, un langage, des interdit etc.
La culture de l’homme ne serait pas le résultat d’une humanisation, historique c'est-à-dire un détachement à l’égard de la nature par des règles, un langage, des interdit etc.
Il faut au contraire considérer un processus d’hominisation : L’espèce humaine serait le résultat d’un processus biologique d’hominisation par sélection naturelle de mutations.
Stinger a poussé la logique de ce raisonnement très loin : L’humain fait alors preuve de Spécisme ( comme de racisme). Il attribue a priori plus de valeur à lui-même qu’à l’animal. Hostile à toute hiérarchisation Stinger pose une égalité de tous les être souffrants .
A la limite on pourrait trouer une valeur presque nulle à un nourrisson débile qui n’atteindra jamais le niveau d’intelligence d’un chien.
L’anti-spécisme part d’une critique indéniable de la cruauté à l’égard de l’animal. Il s’appuie sur Bentham qui considère comme essentiel l’aptitude sensible des animaux : ? La question n’est pas : « Peuvent-ils raisonner ? », ni : « Peuvent-ils parler ? », mais : « Peuvent-ils souffrir ? »
Le problème est différent lorsque dans « libération animale » Stinger effectue un parallèle entre l’exigence d’égalité civique réclamée par les populations noir américaine, et le combat pour une « égalité animale ». Peut-être qu’à force de vouloir défendre l’animal on en viendrait non pas à une plus grande humanité (l’homme cruel envers l’animal est certes inhumain) mais à un anti-humanisme. D’ailleurs à partir de son amour des animaux, Stinger en vient à une détermination très élitiste des supériorités : « lorsqu’il s’agit des membres de notre espèce qui n’ont pas les caractéristiques normales d’un être humain, nous ne pouvons plus affirmer que leurs vies sont toujours à préférer à celles d’autres animaux. » Stinger La libération animale.
Conclusion partielle
On peut critiquer le mouvement qui fait refuser à l’homme tout rapport à l’animal. L’orgueil de son exception, Kant parle à propos de l’homme d’une espèce « infatuée de sa supériorité » est certes condamnable. On peut même voir ave Lévi Strauss, les prémisses du racisme dans la volonté d’affirmation d’une frontière entre l’homme et l’animal. Cependant
- Sur le plan de la connaissance la pensée sociobiologiste est une erreur : La science prend un parti-pris métaphysique qui n’est pas de sa compétence. Elle méconnaît toute interrogation sur le processus qui lui permet de connaître son objet. Les causes par lesquelles elle explique les actes du sujet sont pour elle les causes des actes du sujet. Elle commet cette erreur scientifique fréquente qui consiste à n’avoir aucune interrogation sur son propre savoir.
B) Distinction nécessaire
1) Immutabilité animale ( Rousseau) " un animal est au bout de quelques mois ce qu'il sera toute sa vie et son espèce au bout de mille ans ce qu'il était la première année de ces mille ans " Rousseau discours sur l’origine del’inégalité
L’animal évolue, mais justement son évolution n’est que naturelle, pas culturelle. Et l’échelle qu’a choisi Rousseau ( mois, années) fait que son propos n’est pas même démenti par les connaissances biologiques de l’évolution.
2) Transformation culturelle
Au contraire l’humain se développe lui de façon culturelle : Face à un environnement hostile l’homme n’attendra pas le long travail de l’évolution. Il s’adaptera en trouvant, par son intelligence, des solutions. On peut même considérer que son absence d’adaptation, référence classique au mythe de Promothée ( voir cours sur La Technique) montre que l’homme n’est pas un simple produit naturel. " L'insuffisance même des moyens naturels dont dispose l'homme pour se défendre contre ses ennemis, contre le froid et la faim (...) acquiert la valeur d'un document préhistorique; c'est le congé définitif que l'instinct reçoit de l'intelligence." Bergson l'évolution créatrice.
D’où : Une transformation de l’environnement ( Hegel agriculture ) : Cf cours sur la conscience et le travail.
· Spécificité repérable des réalisations humaines : Un archéologue saura toujours si l’humain a été présent sur un site parce qu’il découvrira des formes non naturelles.
· Diversité des réalisations humaines : Contrairement à la nature qui est toujours la même, cf. Aristote « le feu brûle ici comme en Perse » les réalisations humaines correspondent à un style identifiable. Un lapin construira le même terrier au Japon ( quoique je sais pas s’il y a beaucoup de lapins au Japon ) qu’en France. Une pagode en revanche ne ressemble pas à un mas provençal.
· Transformation de soi : L’homme lave son corps, ( OK les chats aussi mais pas de la même façon ) Il se tatoue, se mutile même parfois et ça aucun animal le fait.
· Ce qui montre également le fait que l’homme correspond à un développement culturel et non naturel c’est qu’hors de la culture il ne devient pas homme. : Impossibilité du développement naturel des enfants sauvages. Le petit Victor de l’Aveyron était un adolescent de 17 ans élevé par des animaux. Pris en charge par Jean Itard, spécialiste des sourds muets, il parvint à acquérir la station debout et à prononcer quelques mots, mais guère plus. La petite Kamala élevée par des loups jusqu’à 8 ans, ne pu jamais totalement acquérir la station droite.
Lucien Malson remarque que ces enfants sont incapables :
§ D’acquérir la station droite
§ D’accéder au langage
§ D’avoir une perception affinée ( ne reconnaissent pas le plat du relief, confondent les choses et leurs images )
§ D’avoir un appétit sexuel pour des partenaires de la même espèce
· On pourrait même parler d’une Influence du culturel sur le naturel
Mauss parle par exemple de « techniques du corps qui montre que même ce qui paraît naturel est peut-être l’effet d’une culture ou d’une éducation. On ne digère pas les piments de la même façon qu’un antillais, on ne s’assoit pas de la même façon qu’un bushman, on ne respire pas de la même façon qu’un tibétain etc. Tout cela est transmis, possède une historicité.
Mauss montre que, même sur le plan de notre corps s’inscrivent notre culture (niveau collectif) et notre éducation (individuel)..
( Certains mêmes considèrent que certaines attitudes du corps correspondent à un niveau d’éducation cf. « Tiens-toi droit » On pourra reprocher également à la culture occidentale une absence de culture du corps ).
On peut même dire que souvent la culture influence ce qu’on aurait cru être du seul domaine de la nature : Cf. Age des règles déterminé par le très culturel age des rapports sexuels. (Plus anecdotique, un Vietnamien va peler un fruit dans le sens contraire de celui emprunté par un occidental)
C) Equivocité plus que distinction (Cf. Aristote et l’exemple du lit)
Imbrication : Il y aurait en réalité une imbrication constante entre la culture et la nature. Comme les exemples de Mauss le montrent bien, le fait de respirer est naturel, mais les techniques de respiration, elles, sont culturelles. Cf. Edgar Morin « L'homme est un être culturel par nature parce qu'il est un être naturel par culture » Le paradigme perdu : la nature humaine. La culture humaine se développe dans un monde et l’homme possède un corps, mais même ce corps est travaillé par un processus qu’on peut difficilement séparer d’un fond.
On saurait peu à quoi correspondrait un « corps naturel » humain. Peut être cela vient-il du fait que la gestation humaine est plus courte que ne l’exigerait un développement total que l’homme naît véritablement inachevé : les connexions cérébrales continuent à se former pendant les premières années de la vie de l’enfant. Le développement intellectuel dépend donc grandement des sollicitations des autres et de l’extérieur.
Naturalité de la technique : Même les produits techniques ne sont pas totalement séparés de la nature Aristote montre qu’un lit par exemple est un objet technique parce que sa cause formelle (la forme du lit) est le résultat de la pensée humaine, que la cause efficiente ( le geste de l’artisan ) est le produit du travail humain. En revanche la cause matérielle ( le bois) comme la cause finale ( le fait de dormir) appartiennent tous deux à la nature
Technicité de la nature Inversement il n’existe pas de produit ( résultat d’une production ) naturels, l’hypothèse même d’une agriculture naturelle est aberrante.
Equivocité : Merleau-Ponty. Parle à propos du rapport entre la nature et la culture, d’un « échappement ». On ne peut jamais déterminer totalement dans un comportement la part du naturel et la part du culturel. Si je me mets en colère par exemple, on pourrait dire que j’ai « une nature coléreuse », il est vrai que ma structure endocrinienne va pouvoir expliquer ma colère ( discutable), mais la façon dont j’exprimerai ma colère, sera elle marquée par ma culture.
On voit donc que la nature est une réalité difficilement identifiable. Qu’en est-il de la nature en tant qu’idée. Si elle ne permet pas de comprendre de façon particulièrement pertinente l’homme ou le monde qu’est-ce qui peut expliquer son remarquable succès ?
II STATUT DE L’IDEE DE NATURE
A) La nature comme modèle politique ( revoir les titres)
1. Axiologie politique
La nature fonctionne comme référence et permet de valoriser telle structure ou telle organisation politique en fonction de sa correspondance à la nature.
Déjà à l’époque de Platon les sophistes se référaient à la nature pour expliquer que les meilleurs devaient l’emporter sur les plus faibles, car c’est ainsi que cela se produisait dans la « nature ». C’est le discours que tient Calliclès dans le Gorgias ( 483a) « Mais la nature elle-même, d'après moi, nous prouve qu'en bonne justice celui qui vaut plus doit l'emporter sur celui qui vaut moins, le capable sur l'incapable. Elle nous montre partout, chez les animaux et chez l'homme, dans les cités et les familles, qu'il en est bien ainsi, que la marque du juste, c'est la domination du puissant sur le faible et sa supériorité admise. »
Le Darwinisme a cherché à donner une validité scientifique à se genre d’arguments : La nature montrerait que les plus aptes survivrait. La société, en conservant les inadaptés, entraînerait une baisse de la force d’une société. La société altruiste serait « dénaturée » car contrairement à la saine loi de la nature elle travaillerait à la conservation de ce qui devrait disparaître.
On retrouve dans la validation du libéralisme ce même genre d’arguments.
« L’égalité doit se limiter aux garanties juridiques, car l’inégalité et la sélection du plus apte, avec leur corollaire, l’inégalité économique, sont une loi de la nature » WG Summer ( disciple de Spencer 1883 )
Le Darwinisme social correspond encore à une référence idéologique du libéralisme moderne : Cf. Goldschmidt (directeur des ressources humaines chez Danone)
2) Invalidation Darwinenne de la sociobiologie
- Incompréhension de Darwin par le Spencerisme :
Darwin ne limite pas l’évolution au la seule mutation biologique sélectionnée comme plus apte. Un comportement peut également être sélectionné comme permettant une meilleure adaptation.
Or le comportement altruiste, la préservation des plus faibles, peut constituer un avantage pour une société ( de fait c’est l’homme qui est au sommet de la chaîne alimentaire) :
- Avantage structurel : Une société qui passerait son temps à s’entre-déchirer n’évoluerait pas.
- Avantage inventif : Il est peu probable que ce soit les plus forts qui aient été le plus inventif ( l’arc n’a pas dû être inventé par celui qui lançait les pierres le plus loin).
Cet avantage « naturel » de la conservation des plus faibles, c’est ce que Patrick Tort appelle : l’effet réversif. Il résume ainsi Darwin : « la sélection naturelle sélectionne la civilisation qui contrarie la sélection naturelle » Patrick Tort Darwin et la science de l’évolution.
On peut donc reprocher aux Darwinisme libéraux de n’avoir rien compris à Darwin, qui contrairement aux suivants de Spencer (Cf. Alexis Carrel, médecin eugéniste penseur des chambres à gaz) est profondément humaniste. (Etrange que aux USA, le Spencerisme économique, voire même biologique cf. article science humaine 1996 sur la justification de l’inégalité économique noirs-blancs par une différence de QI, ait si bonne presse alors que le Darwinisme scientifique est contesté, conservatisme chrétien mais égoïsme économique).
3) Remise en cause de la nature comme modèle politique (de la valeur axiologique de la nature en politique)
La nature est de l’ordre des faits, de ce qui est, elle ne peut avoir une valeur axiologique, dire ce qui doit être. Vouloir imiter la nature pour déterminer quelle structure politique choisir est absurde parce que la nature ne préscrit rien :! Placer ici critique Nietzsche du stoïcisme.
Cette tendance correspond à une recherche de droit mimétique, une crainte devant l’acte de se créer ses propres lois qui () l’attitude frileuse de chercher un garant dans une réalité extérieure à l’homme.
Conclusion Transitive : La nature en tant qu’idée correspond donc, non à ce qui est, mais à l’illusion d’une extériorité normative en politique. On peut considérer que cette illusion se généralise à d’autres domaines, que la nature apparaît moins comme une description de la réalité que comme une création émanant du désir humain d’être dirigé. Cette illusion se remarque dans d’autres domaines que la seule politique.
B) Le fantasme de la nature comme modèle.
Il existe bien une réalité extérieure à toute production humaine, en tant que telle la nature n’est pas un fantasme, elle l’est en revanche en tant que modèle.
1) Fantasme d’une normativité du monde physique
-> Sacralisation de la nature:
Pour le naturaliste, la nature n'est pas une simple description du réel, croyance en un ordre propre à la nature qui ne soit pas la simple co-adaptation des membres d'un système ( un écosystème ) Il y a la croyance en une force qui soude tous les éléments du monde non humain: " la vie trouve toujours son chemin." Jurassique Parc
La transgression de cette force n'est pas considérée comme de l'imprudence mais comme un sacrilège: Cf. la vie est sacrée. Il est possible qu’elle le soit, ce n’est en rien une évidence. Cf. le mythe de l'apprenti sorcier: Jouer avec les forces de la nature expose l'homme à des représailles, " la nature se venge ".
Fantasme de l’Innocence et de la pureté de la nature
* Opposé au pollué: La transgression des lois de la nature => impureté du monde humain. Valorisation des produits " naturels " Apparition de " médecines naturelles " ou de "naturopathes"
Assimilation du naturel au bénéfique pour l'homme.
Bienveillance de la nature: " La nature traite tous les animaux abandonnés à ses soins avec une prédilection égale " Discours sur l'origine de l'inégalité
Assimilation indue: le curare est un produit naturel, comme la peste.
2) Normative sur le plan humain
- Naturalité d'un mode de vie.
* Opposé à un mode de vie sophistiqué
* Opposé à un comportement qui transgresserait les " lois de la nature " L'homosexualité est présenté comme " contre-nature ". Faux mais surtout, en quoi cela aurait-il la moindre valeur si cela était vrai ?
- Naturalité d'un comportement.
* Opposé au raffinement social : Le misanthrope exigence d'un retour à des relations ou à un art " naturel " cf. la référence d'Alceste à une poésie non précieuse " je préfère ma mie " cf. aussi Rousseau dans la nouvelle Héloïse le fait de retoucher un tableau pour éliminer toute trace d'artificialité, retrouver le portrait "naturel" ( paradoxe d'une intervention pour retrouver une pureté )
* Opposé à une décadence: revenir à des relations " naturelles "
· Opposé à l'affectation. On appelle naturel un comportement qui viendrait directement de la nature de l'individu et non de l'image qu'il veut donner de lui même. Cf. chez Proust la condamnation du rire de Mme Verdurin, élaboré pour se donner une constance.
- Condamnation paradoxale: Un comportement humain n'est pas un comportement naturel parce que l'homme n'a pas de nature assignable en fonction de laquelle il agirait. Tout comportement dépend d'une adaptation ou d'un choix:
Exemple de l'enfant à qui l'on dit " sois naturel ". C'est à dire conforme-toi à ce que l'on attend d'un enfant.
- Un comportement affecté n'est pas le contraire d'un comportement naturel, c'est au contraire l'incapacité à s'affirmer comme l'auteur de ses actes: La fausse attribution de son comportement à une nature mauvaise foi: " c'est ma nature »
- Affectation = mauvaise foi de l'attribution de son comportement à une nature ou détermination de son comportement par ce que peut en penser Autrui.
Conclusion: le concept de nature n'est pas un concept descriptif, permettant de comprendre, il n'est pas défini en lui même mais toujours en référence ses contraire. Pas de def. de la nature : la nature est ce qui reste quand on a biffé les effets du hasard et de l'artifice. Comme le dit Clément Rosset : « La Nature est une idée du désir, pas de la raison »
Retour à l’analyse du sujet, la nature ne concerne pas seulement une représentation ( souvent illusoire ) du réel, elle concerne aussi ce qu’est véritablement une chose. Question : Peut-on parler d’une nature de l’homme ?
III L’IDEE DE NATURE HUMAINE OU DE CONDITION HUMAINE
A) La négation
1) Ethnocentrisme
Description de la confusion Cette illusion réside en une confusion entre ma culture et la culture
Les valeurs et modes de vie d'une société donnée peuvent devenir, pour cette société les critères de la culture.
=> Rejet de ce qui et culturellement différent hors d'une communauté homogène comportement qui peut être maximalisé par un rejet hors de l'humain de ce qui peut être culturellement différent.
Le barbare C'est celui qui parce qu'il a une culture différente va être rejeté dans le domaine de la barbarie. ( barbare - sauvage ) " derrière ces épithètes se dissimule un même jugement; il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposés à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage qui veut dire " de la forêt " évoque aussi un genre de vie animale par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas on refuse d'admettre le fait même de la diversité culturelle. On préfère rejeter dans la nature tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. " Lévi straus: " Race et Histoire "
Tendance que l’on constate dans le monde grec et Romain, mais également dans presque toute culture. En Inuit, Inuit veut dire « être humain » comme Chéyenne en Cheyenne.
2) Dénonciation de la confusion:
L'ethnocentrisme conclut du semblable à l'humain. Problème seul un groupe animal est semblable à un autre groupe animal:
- D'où peut venir un comportement identique entre deux individus sans communication sinon d'un instinct animal donc du contraire de ce qui fait a spécificité de l'homme .
La caractéristique de 2 groupes humains éloignés les uns des autres c'est la diversité, non la similitude. On pourrait donc considérer que ce qui est la marque de la culture serait la diversité
A l'inverse de la réaction ethnocentrique qui considère le semblable comme le signe du culturel on va considérer que ce qui est particulier est culturel t que ce qui est universel, par contre est de l'ordre du naturel : " Partout où la règle se manifeste nous savons avec certitude être à l'étage de la culture. Symétriquement il est aisé de reconnaître dans l'universel le critérium de la nature. Car ce qui est constant chez l'homme échappe nécessairement au domaine des coutumes, des techniques et des institutions par lesquelles leurs groupes se différencient et s'opposent. Posons donc que tout ce qui est universel chez l'homme relève de l'ordre de la nature et se caractérise par las spontanéité que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. " Lévis-Strauss: " Les structures élémentaire de la parenté. "
Seul élément universel et culturel: La prohibition de l'inceste. On ne peut donc refuser à une culture le statut de culture parce qu'elle est différente
L’ethnocentrisme n’a pas de justification philosophique. En revanche il est compréhensible par la tendance qu’aurait un peuple à vouloir se renforcer par la négation de l’autre. Le racisme en revanche, ne se fonde par sur une réalité, le peuple, mais sur une illusion : la race.
B) Racisme ( typologie et origine)
1) Caractéristiques
- La croyance en la race : La transmission de types particuliers au sein d’une espèce en fonction des lois de l’hérédité. Ne pose pas trop de problème lorsqu’il s’agit des chiens, très délicat en ce qui concerne les humains.
- Une corrélation entre les caractères physiques et les caractères mentaux. « le noir est simple, le chinois cruel etc. » et la fixité des caractères. On retrouve d’ailleurs cette croyance en la fixité à l’intérieur d’une culture pour déterminer des classes intangibles : Dans les contes : Les catégories sociales sont définies comme des races à l’intérieur d’une culture, et l’hérédité biologique détermine le comportement. Un prince abandonné enfant sera retrouvé car, même élevé par des paysans ses qualités seront celles d’un prince (courage « noblesse de cœur » etc.)
- L’affirmation d’une hiérarchie entre les “races”
- Le droit à dominer les autres groupes, ou “races”, tenus pour inférieurs.
- La nécessité de préserver les races, de ne pas appauvrir ou « abâtardir » la race supérieure par la mixité.
Origine : Dans ses prétentions scientifiques le racisme a pour origine la méthode classificatoire employée par ceux que l’on nomme les naturalistes au XVIIIème siècle
La classification et le racisme caractérisés prennent d’ailleurs toutes les apparences de l’objectivité scientifique. L’anthropométrie, la phrénologie ( l’étude de la forme des crânes), plus tardivement les test de QI (cf. Le concepteur des tests « d’intelligence » aux USA : Robert M. Yerkes, qui conclut : "L'éducation ne peut pas à elle seule amener la race noire (sic) au niveau de ses concurrents caucasiens.")
Typologie. .
- Définition biologique de la race : On entend par “race”, au sens biologique du terme, l’ensemble des traits caractéristiques héréditaires communs distinguant un type particulier au sein d’une espèce. Il s'agit donc de groupes ayant des caractères biologiques analogues qui se transmettent en vertu des lois de l’hérédité (couleur de la peau, morphologie du crâne, etc.). Le racisme explique les différences culturelles par des différences naturelles, biologiques.
2) Les différents types de racisme
Tzvetan Todorov, dans Nous et les autres, propose de distinguer le racisme (comportement fait de haine et de mépris à l’égard de personnes ayant des caractéristiques physiques bien définies, et différentes des nôtres) et le racialisme (doctrine, idéologie concernant les races humaines). Racisme et racialisme ne se trouvent pas nécessairement présents en même temps.
- Pour Pierre André Taguieff, il n’y a pas un racisme, mais au moins deux variantes typiques dont les logiques sont opposées :
a). Racisme de “domination” : ethnocentrique, inégalitaire, prétendant justifier l’assimilation, la domination, l’exploitation (le colonialisme en général);
b). racisme “différentialiste” : met l’accent sur la “différence” entre les races; obéit à une logique d’extermination systématique de l’autre (ex: nazisme).
c) - Néo racisme ou culturalisme : A la période post-Nazie, consensus de façade sur le rejet du racisme. Affirmation alors de la différence qui maque une affirmation de l’inégalité des cultures. « Le principe de la métamorphose idéologique récente du racisme réside précisément dans le déplacement de l"inégalité biologique entre les races vers l"absolutisation de la différence entre les cultures » (Taguieff, Le racisme, p 53). Retournement du relativisme : Les cultures sont différentes, elles ne peuvent se fondre ni s’assimiler. Figure rhétorique de l’euphémisme ( extrême droite- Droite Nationale etc.)
d) Explication anthropologique du racisme (Stephen Jay Gould par ex.) : une extension de l’ethnocentrisme, Dans cette perspective, le racisme peut être défini comme une extension abusive de la préférence endogroupale.
Différence : Le racisme est typique du XIX et XXème il correspond à un phénomène idéologique et politique il ne doit pas être considéré comme un rejeton de l’ethnocentrisme ou d’un instinct primordial – instinct d’autoconservation ou d’autodéfense du groupe -, mais comme un produit de la modernité. C’est notamment la thèse que soutient P.-A. Taguieff . Il y a, selon lui, trois modes essentiels d'émergence du racisme moderne.
3) Les origines du racisme
a) La classification
- Le racisme est ici le successeur immédiat de l’activité de classification des « races humaines » qui s’est poursuivie au cours du XVIIIe siècle (Linné, Buffon, Blumenbach, etc.). En ce sens, il n’est de racisme que sur la base du concept moderne de « race humaine », dans le cadre de la pensée classificatoire des naturalistes du XVIIIe siècle en Europe.
- Les caractéristiques du racisme sont alors les suivantes : mise en corrélation des caractères physiques et des caractères mentaux, supposés fixes et héréditaires ; imbrication du biologique et du culturel ; naturalisation des différences entre les humains (équation « une race-une civilisation ») : les différences culturelles sont perçues comme des différences naturelles.
b) . L’idéologie (théorie modernitaire ultra restreinte selon Targuief)
- Selon certains auteurs, comme Lévi-Strauss, on ne peut parler de racisme stricto sensu que dans les cas où l’on repère l’affirmation d’un rapport causal entre race et culture, race et intelligence. Le racisme ici est réduit à la doctrine explicite du déterminisme racial des aptitudes, voire des attitudes et des conduites, censée donner un fondement scientifique à la thèse de « l"inégalité des races humaines ».
- Cette définition du racisme concerne des théories qui ont jalonné les XIXe et XXe siècles. La pensée raciste se réduit alors à un noyau dur, l’axiome de l’inégalité des races humaines. Théories de Gobineau, Vacher de Lapouge, etc. Les hommes étant d’inégale valeur en raison de leur appartenance naturelle à des races de valeur inégale, il convient par conséquent des les traiter de façon inégale.
c) les mythes culturels (théorie modernitaire élargie)
- Une définition plus élargie du racisme permet de repérer certaines figures de celui-ci qui sont apparues indépendamment des classifications naturalistes des « races humaines » et avant elles. Ces formes préracialistes du racisme s’incarnent dans trois modèles de protoracisme apparus aux débuts de l’âge occidental moderne. Le mythe du « sang pur » dans l’Espagne et le Portugal des XVe et XVIe siècles ; les légitimations européennes de l’esclavagisme et de l’exploitation coloniale des « peuples de couleur » ; la doctrine aristocratique française dite des « deux races » (« race » = « lignée », « lignage »).
- Le mythe de la pureté du sang se rencontre dans ces trois types de protoracisme et est inséparable de la hantise de la perte de pureté par des mésalliances ou des métissages, censés produire souillure ou dégradation irrémédiable. Au coeur du racisme, il y a donc une « mixophobie », une peur du mélange des « races », des lignées.
- Selon Taguieff, « la théorie modernitaire élargie paraît donc la plus conforme à la réalité historique » (op.cit., p 43). Le racisme classificatoire des XVIIIe et XIXe siècles ne seraient pas à l’origine du racisme moderne, « même s'il lui a fourni des habillages scientifiques…» (ibid.).
La négation de la nature humaine est donc fortement connotée. On peut nier ontologiquement la nature humaine avec Sartre, mais considérer une unité de condition qui pourrait être considérée comme un point commun entre tous les hommes.
C) L’affirmation possible d’une condition humaine universelle.
- De quel point de vue peut-on parler de nature humaine ? Que recouvre exactement cette idée ? Et, surtout, quelle est sa fonction ? Réalité, fait ou exigence ?
1) Le point de vue scientifique
la biologie
Unité génétique et phylogénétique du genre humain. Il y a beaucoup plus de points communs que de différences entre les deux types physiques les plus éloignés l'un de l'autre – par exemple un Norvégien et un Papou. Tous les hommes appartiennent à un même genre (Homo) et à une même espèce (Sapiens). Au sein de cette espèce, les hommes forment tous une même variété (sapiens). Le nom scientifique de l'homme moderne est Homo sapiens sapiens. Notre arrière-grand-oncle, l'Homme de Néanderthal, était Homo sapeins neandertalis. Il appartenait au même genre et à la même espèce que nous, mais à une variété différente.
- Ainsi, plus de 99 % des gènes constituant le patrimoine biologique d'un individu sont communs à tous les hommes. Une race est une variété génétiquement pure. Comme dans la nature, les individus de variétés différentes ont tendance à se croiser, de sorte que les races n'existent véritablement que chez les animaux domestiques. Et c'est l'homme qui d'ailleurs a créé et maintenu des races de chats, de chiens, de chevaux, de lapins, etc. Parler de races humaines est donc une aberration.
- Il existe certes des types physiques (taille, forme du visage, couleur de la peau, etc.), mais leur variété extrême, liée au métissage des peuples et des individus, rend tout classement scientifique impossible. Quant aux peuples, leur existence est le résultat de leur histoire, et non de leur prétendue nature. Le sang juif, noir ou arabe n'existe pas – il n'y a que des groupes sanguins et des facteurs rhésus.
- Où l'on voit que l'idée de nature humaine ne saurait, au regard de la science, justifier le rejet, l'exploitation, la hiérarchisation des êtres humains. Elle peut au contraire donner un fondement puissant à l'idée d'une unité du genre humain, laquelle rend possible l'idée d'une égalité du genre humain, même si la science, encore une fois, dit ce qui est et non ce qui doit être.
- En tout cas, l'anéantissement de l'humanité en l'homme est une des formes de la barbarie, de l'inhumain. Le raciste ne reconnaît d'ailleurs pas l'humanité de l'autre, d'abord parce qu'il ne reconnaît pas la sienne propre. Exemple de ce chef de camp S.S. qui disait à son chien-loup, à propos d'un détenu : " Homme, attaque ce chien ".
2) Le point de vue philosophique
- Idée que la nature humaine est à accomplir dans la communauté des hommes, qu'elle n'est pas accomplie mais qu'il est du devoir des hommes de la mener à son point d'achèvement.
- En effet, depuis les grecs, c'est dans la raison et la rationalité qu'est fondée la nature humaine. La raison est ce par quoi les hommes se réunissent et ce par quoi un dialogue est toujours possible entre eux. La raison, par l'intermédiaire du langage, est précisément ce qui permet aux hommes de se rencontrer et de se reconnaître dans une discussion commune.
- Exemple de l'esclave du Ménon de Platon qui, bien qu'esclave, discute avec des hommes qui sont des Grecs et des philosophes. Il est capable de retrouver des vérités mathématiques qu'il n'a pas apprises mais dont son âme retrouve le souvenir sous la suite des questions que lui pose Socrate. Entre l'esclave et le philosophe, existence d'une même nature.
- Le développement des qualités de l'homme est rendu possible par son insertion dans une communauté politique. S'il y a une nature humaine, c'est une nature que l'individu seul ne saurait réaliser. Pour l'accomplissement de cette nature, l'individu a besoin des autres membres de la communauté. De sorte que la nature humaine est politique et ne se déploie que dans le rapport aux autres.
- On peut retenir l'idée que la nature humaine est à accomplir, qu'elle ne nous est pas donnée comme sa nature est donnée à l'animal dans une sorte de perfection. La nature humaine est cela même que l'homme doit conquérir dans et par l'éducation, pour ce qui regarde l'individu, et dans le devenir historique, pour ce qui concerne l'espèce humaine. Différence donc entre une nature animale peu ou prou statique (elle a déjà plus ou moins tout donné à l'animal), et une nature humaine qui se manifeste dans un dynamisme que l'homme se réapproprie.
- De ce point de vue là, la nature est davantage ce qui pose un problème à l'homme que la calme évidence de la nature de l'animal. La nature humaine n'est pas de l'ordre du donné mais de l'ordre du devenir que l'homme se réapproprie pour accomplir ce qu'il est appelé à être. Il y a une nature humaine mais elle est à distance. Elle n'est pas tant ce qui est donné a priori, de toute éternité, mais cela même qu'il convient de réaliser. Notre nature est d'être historique.
- Dans Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Kant explique que la tâche suprême que la nature poursuit à travers l'homme est l’institution d’une société gouvernée par le droit. La justice, comme idéal du droit, reste le fil directeur qui permet de juger l’histoire. Ce n’est que dans la société que l’homme peut être éduqué et s’élever au sein d’un Etat.
- Selon Kant, les passions elles-mêmes poussent les hommes à accepter une règle de vie commune qui limite leur liberté (les passions exacerbées jettent les hommes dans un état de détresse) . Contraints et forcés, les hommes s’unissent et se soumettent à la contrainte des lois ; à l’intérieur de ces limites, ils peuvent assouvir leurs ambitions, se discipliner et se cultiver.
- La métaphore de l’arbre et de la forêt permet d’expliquer par quel mécanisme la nature produit les progrès de la culture et du droit. De même que les arbres, lorsqu’ils sont côte à côte, sont mécaniquement amenés à s’élever, de la même façon, les hommes isolés ne peuvent développer leurs dispositions naturelles, la vie en société impose les règles du droit, elle discipline les hommes, comme la forêt permet le développement des arbres auxquels elle donne leur rectitude. Kant se représente le progrès du droit comme l’effet d’un mécanisme naturel qui, par un jeu d’un équilibre des forces, règle la vie commune des hommes. La nature réalise sans nous une société où elle nous prépare à la liberté.
- Où l'on voit que l'idée de nature humaine incarne un concept régulateur, un idéal de la raison et non un fait démontrable en tant que tel.
3) Conclusion : la nature humaine, un concept régulateur
- La nature humaine, dans sa prétention à l'universalité, renvoie à l'idée d'une égalité fondamentale des hommes, d'une homogénéité de l'humanité au-delà de la diversité constatable. Le concept de nature humaine est un concept qui mène à poser les hommes comme égaux, quelles que soient leurs différences et qui ne doivent pas devenir des différences.
- Dès lors, la reconnaissance de l’égalité des cultures ne doit être qu’une précaution méthodologique. L’unité du genre humain relève d’une exigence morale fondamentale qui est nécessaire contre l’exclusion, l’oppression, le sous-développement ou la misère. Selon Tzvetan Todorov, l’universalité est un instrument d’analyse, un « principe régulateur permettant la confrontation féconde des différences ». Ce qui est universel, c’est notre appartenance biologique à la même espèce, c’est la liberté ou la perfectibilité, de sorte qu’il convient de reconnaître à la fois l’unité fondamentale du genre humain et la pluralité des cultures.
- Universalité de certains principes éthiques dont la validité n’est pas limitée au domaine d’une culture donnée. Ces principes, ces normes sont posés comme transcendants, dès lors qu’ils sont définis, non comme un fait, mais comme un idéal dont il faut sans cesse se rapprocher. Les droits de l’homme ne sont pas une culture; ils définissent les principes formels qui permettent de juger des cultures, à commencer par la nôtre. Ils permettent de déterminer ce qui n’est pas acceptable, ils définissent les critères qui permettent de juger.
- La nature humaine est donc davantage ce que nous devons poser en pensée pour comprendre l'égalité fondamentale des hommes. C'est un concept régulateur de notre rapport à autrui, de notre rapport à l'étranger, qui confirme que, quelle que soit son étrangeté, cette étrangeté que nous constations dans sa langue, dans ses coutumes, dans sa représentation du monde, l'autre est un alter ego.
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