La vérité
LA VERITE
La vérité pas démarche 1ère.
La vérité pas démarche 1ère.
1er rapport au réel est la confiance ( cf. la perception ou ses jugements ) La question de la vérité est un retour critique: est-ce vrai ? Cette question se pose d'abord au niveau du discours, mais confusion possible.
Véracité: celui qui énonce le discours dit ce qu'il pense être vrai. Vérité: si le discours énonce une vérité indépendamment de ce que pense celui qui l'énonce.
=> On peut mentir et énoncer une vérité.
La vérité se situerait donc dans une conformité du discours à la réalité: dire ce que sont les choses. Deux objets possibles de la vérité: Le sujet lui-même et les objets.
I/ EXISTENCE OU NON D UNE VERITE ABSOLUE.
A/ LE SCEPTICISME.
le Pyrrhonisme. Arguments sceptiques:
- La contradiction des opinions. Rien ne permet de se prononcer concernant les sujets métaphysiques, tout a été maintenu et son contraire =>< Les sceptiques aboutissent à la conclusion qu'aucune vérité n'est accessible.
- La régression à l'infini:
Une vérité dépend toujours d'une autre, une preuve n'est jamais définitive, ex de l'enfant qui demande pourquoi sans cesse et à qui on ne peut répondre au bout d'un moment.
Exemple le plus marquant du concept de cause.
- Nécessité d'accepter des postulats indémontrables: vise surtout les maths: Toutes la géométrie est basée sur quelques postulats pour lesquels je n'ai aucune preuve.
- Le diallèle Je démontre une vérité A par une vérité B et B par A, en fin de compte je ne démontre rien.
Ex: Pour prouver la valeur de ma raison, il faut que je raisonne, que je me serve de cette raison dont la valeur est en question.
- Une affirmation est toujours relative: Relative à un individu( il fait chaud ou froid ) et même relative à son état.
La conclusion sceptique est toujours la même: Il est impossible d'atteindre une vérité absolue.
Problème du scepticisme:
Il cherche lui même à énoncer une vérité en tant que position sur le monde, ne serait ce que celle selon laquelle aucune vérité n'est accessible à l'homme.
On doit donc accepter que l'on ne puisse faire l'économie d'une recherche de la vérité.
A/ L'EVIDENCE COMME CRITERE DE LA VERITE.
1) Les types d'évidence
Pas de critère extérieur à la vérité elle même qui puisse la qualifier comme vérité. Si on trouvait une garantie de la vérité il faudrait encore que cette vérité soit vraie. " Quelle règle de vérité trouvera-t-on plus claire et plus certaine qu'une idée vraie?" Spinoza Ethique, II, 43. D'où il suit que le vrai se manifeste par lui même: " La vérité est à elle-même son propre signe. ibid.
Le jugement vrai aurait donc des caractères intrinsèques qui nous permettraient de le reconnaître.
Nom du sentiment correspondant à une vérité reconnue comme telle: L'évidence
Essai de démonstration de l'évidence comme critère de la vérité: au bout d'un cheminent radical consistant à une mise à rejet comme faux de tout ce qui apparaîtrait comme douteux, Descartes parvient à une proposition que même le doute le plus radical, les suppositions les plus folles ne peuvent ébranler.
Cette vérité à la fois indubitable et indémontrable s'affirme comme vérité, donc tout ce qui présentera les mêmes caractères d'évidence, tout ce qui se présentera comme clair et distinct, sera vrai. Nota bene: c'est la rencontre d'une première vérité qui renseigne sur le sentiment d'évidence: " et ayant remarqué qu'il n'y a rien en tout ceci " je pense donc je suis " qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que pour penser il faut être, je jugeais que je pouvais prendre pour règle générale que' les choses que nous concevons clairement et distinctement sont vraies. Descartes Discours de la Méthode, IV
Seul critère de vérité: le critère interne d'évidence: " je n'ai pour règle de mes vérités que la lumière naturelle." Descartes lette à Mersenne du 12/10/1639.
2) Critique de l'évidence:
- L'évidence n'est pas la certitude: 2 mouvements dans la connaissance
- Celui où la vérité est aperçue.
- Celui où elle est jugée comme vérité. Le 2ème mouvement => un retour sur soi , une réflexion où la possibilité de l'erreur est envisagée, où l'on ne se laisse pas aller à l'évidence, ce mouvement est indispensable à la découverte de la vérité.
- Danger de l'évidence comme critère de la vérité: Les grandes découvertes ne sont jamais apparues comme évidentes, elles sont toujours apparues comme contraires à l'évidence, dans le scandale:
L'évidence est plutôt me critère du préjugé ou de l'illusion.
Ce qui parait évident c'est que le soleil tourne autour de la terre, et la découverte de la vérité inverse ne s'est pas imposée comme évidente.
II STATUT DE LA VERITE
A/ La non contradiction et l'expérience
La vérité est inséparable d'un jugement, on pourrait considérer la vérité dans la non contradiction d'un système de jugement.
1) La vérité formelle:
C'est celle qu'identifie la logique, qui détermine la vérité d'un raisonnement uniquement par sa forme.
Prendre exemple d'un raisonnement correct avec conclusion fausse: Tous les hommes sont méchants, or je suis un homme donc je suis méchant.
Problème : Une conclusion fausse peut être logiquement correcte si elle est correctement déduite d'une majeur fausse dans un syllogisme. La conclusion peut être fausse car les prémisses elles mêmes être fausse.
La vérité formelle ignore donc la réalité, elle est seulement l'accord de l'esprit avec ses propres conventions. Meilleur exemple de vérité formelle: les maths.
Ex: la somme des angles d'un triangle rectangle est = à 2 droits est formellement vrai, mais seulement à partir d'un postulat Euclidien, elle serait fausse à partir d'un autre postulat.
Problème de la vérité formelle, ce sont des vérités de raison, mais qui apprennent peu sur le monde, c’est l’accord de l’esprit avec lui-même
2) La vérité expérimentale.
La vérité expérimentale s'accorde avec le réel mais dépend d'une théorie qui ne fait que rendre compte d'un ensemble de faits.
Elle représente toujours une hypothèse et les vérifications expérimentales de cette hypothèse sont toujours provisoires parce que d'autres expériences peuvent venir la remettre en question. Par contre si des expériences viennent contredire l'hypothèse elle est infirmée.
De plus les vérités scientifiques ne sont jamais des vérités absolues, elles permettent d'interpréter, de prévoir les phénomènes mais elle ne dit pas ce qu'ils sont elles sont comme le dit Leconte de Noüy: " des vérités expérimentales
Ex: la loi de Mariotte: quantifie le rapport entre le volume occupé par un gaz et la pression .
Explication par la théorie cinétique des gaz: Le gaz est constitué d'un grand nombre de molécules, chacune se comporte comme un projectile => chocs entre les molécules. La diminution du volume par un piston par ex entraîne une diminution du volume donc une augmentation de la fréquence des chocs, donc une augmentation de la pression.
Mais cette théorie ne nous apprend rien sur le nombre réel des chocs ni sur la nature des molécules. La science expérimentale a donc pour objet le particulier sur des universels mais elle ne peut être le critère de la vérité universelle. Il est nécessaire qu'il y ait, avant toute expérience les mêmes conditions de la connaissance chez tout homme, les même exigences de rationalité.
B) LE RATIONNALISME
La révolution Copernicienne de Kant => une autre conception de la vérité:
Copernic ne pouvait expliquer les mouvements du ciel en supposant que les étoiles tournaient autour de l'observateur immobile. Il supposa donc que c'était le spectateur qui tournait.
Même chose pour les objets et la connaissance: On a supposé que la connaissance se réglait sur les objets.
Mais dans ce cas comment expliquer que l'on puise connaître quelque chose de l'objet avant toute expérience ?
- Comment expliquer que l'on puisse par exemple a priori déterminer que des lis que 'expérience vérifiera toujours?, c'est a dire construire a priori les conditions de tout expérience Ex: les même causes produisent les mêmes effets.
Les principes de la connaissance sont antérieurs à tout rapport à l'objet, ils ne peuvent donc être donnés par lui. Il faut donc admettre que les objets se règlent sur notre connaissance et non l'inverse, que nus avons en nus des règles et que nous les plaquons sur la réalité.
explique que nous puissions connaître quelque chose de l'objet avant qu'il nous soit donné mais cela limite aussi la portée de nos vérités: Nous ne connaissons de l'objet, non ce qu'il est en lui même mais à l'intérieur d'une opération dont la règle est en moi.
" L'expérience elle même est un mode de connaissance qui exige le concours de l'entendement dont je dois présupposer la règle en moi-même." Kant préface à la seconde édition de la Critique de la Raison pure.
Avec une telle méthode on peut connaître les lois a priori qui servent de fondement à la connaissance des la nature, de tout ce qui est objet d'expérience possible. Mais cette nature sera une nature lue par l'homme.
Il existe donc bien une vérité, et cette vérité est accessible à l'homme, mais il s'agit là toujours d'une vérité humaine, non absolue. Une autre vérité semble incompatible avec le pouvoir de connaître humain.
III LA VALEUR DE LA VERITE.
A) LA VALEUR DE LA VERACITE
1) Sur le plan politique
- Le pouvoir envers l’individu
En contexte dictatorial.
Nécessité de ne pas dire la vérité à un peuple non éduqué, nécessité de se maintenir au pouvoir. Cf Machiavel : Un prince doit cacher sa nature de renard pour rester au pouvoir.
Attention à l’argument d’immaturité, le pouvoir doit chercher à faire en sorte que son peuple s’éduque suffisamment pour pouvoir être à même de recevoir les vérités politiques :
En contexte républicain.
Nécessité parfois du secret d’état, nécessité de cacher certains fonctionnement du politique pour que le politique fonctionne (cf. le secret maintenu sur les détails des ventes d’armes nécessaire au maintien de la production).
Triste nécessité de mentir, de donner des promesses et une vision optimiste de l’avenir, même lorsque la marge de manœuvre est particulièrement étroite.
- L’individu à l’égard du pouvoir.
Contrairement à ce que Kant énonce, la véracité n’est pas un devoir inconditionnel, il serait ridicule de dénoncer un résistant à un pouvoir dictatorial. Cf Alain, « on ne doit la vérité quà celui qui la mérite ».
2) Sur le pan personnel
Distinction entre générosité et vérité. Dans le cadre d’une prise en charge de l’autre difficultés à énoncer une vérité insupportable : Cf le médecin. Il a pour fin la santé, non le bonheur de son patient, mais parfois doit composer : Cf « il n’a pas souffert » , Cf aussi la nécessité de cacher certaines réalités médicales à des populations incapables de la supporter ( cf. Conflits entre obstétriciens et musulmans radicaux)
Dans un rapport égalitaire deux paramètres sont à prendre en compte :
- L’utilité d’une vérité : Parfois inutilité de révèler à quelqu’un une vérité qui ne pourra lui servir à rien
- La force de l’autre : Cf Nietzsche : Il faut doser la vérité en fonction de la vigueur de l’esprit qui la reçoit.
B) LA VERITE ELLE MËME
1) Inadéquation entre bonheur et vérité
- Méfiance à maintenir, dans la recherche de la vérité, sur la trop grande tentation qui consiste à vouloir se rassurer : Erreur scientifiques du géocentrisme et de la génération spontanée : Cf Rostand : « les vérités consolantes doivent être vérifiées deux fois », Cf aussi Freud et l’attaque contre la mégalomanie humaine. Considérer aussi le parti-pris qui ne cherche que la confirmation des préjugés.
2) possibilité d’une illusion
- Discernement ancien sur le caractère favorable des vérités. A l'origine la vérité semble bien avoir eu un intérêt vital pour l'homme. Mais il ne s'agissait pas essentiellement d'une recherche de la vérité, il s'agissait de " comprendre de résumer, de schématiser en vue de prévoir, d'imposer au chaos assez de régularité pour satisfaire notre besoin pratique." Nietzsche: la volonté de puissance. Le but premier de notre recherche de la connaissance aurait donc été, non la vérité mais une prévision dans le but de 'action.
- Caractère fructueux, sur le plan vital des illusions : « les barbares de tout temps ont été les plus heureux ». Un peuple peut avoir besoin de se sentir protégé, d’avoir le sentiment qu’un Dieu guide ses pas, indifférence à la préoccupation de la vérité : « Ils étaient des créateurs ceux qui mettaient au dessus des peuples, une foi et un amour, ainsi ils servaient la vie »
Mais par la suite l'instinct de la connaissance est devenu autonome, une passion que nous n'échangerions jamais contre une illusion même si cette dernière nous rendait plus heureux. "L'inquiétude de la découverte, de la solution devinée est devenue pour nous aussi séduisante et aussi indispensable que son amour malheureux pour l'amant qui ne l'échangerait jamais contre l'état d'indifférence." Nietzsche Aurore
Il faut donc changer notre rapport à la vérité, ne pas juger une idée simplement par son adéquation à ce qui est mais aussi par l'avantage qu'elle représente pour la vie: Qu’un jugement soit faux n’est pas, à nos yeux, une objection contre ce jugement. […] Il s’agit de savoir dans quelle mesure un jugement aide à la propagation et à la conservation de la vie, à la conservation, peut-être même à l’amélioration de l’espèce." Nietzsche, Par-delà le bien et le ma
3) Valeur de la lucidité.
En privilégiant le bonheur l’homme perd une autre valeur : La lucidité qui fait sa dignité : Caractère indigne de l’omission : Valable surtout pour la vérité existentielle fondamentale : La mort. L’homme cherche à occulter la mort par le divertissement, l’affairement. Mais il se trouve ainsi indigne de la conscience spécifique de l’homme qui, seul, donne les marques de sa conscience du monde. Cf la différence faite par Comte Sponville entre le bonheur comme finalité philosophique et la vérité comme norme.
La vérité comme valeur philosophique , la lucidité comme exigence humaine, exigence de conscience Une doctrine dont la finalité est le bonheur, ou le salut, la béatitude, peut être une religion, une sagesse. Elle n’est pas une philosophie." Marcel Conche, Le sens de la philosophie, Encre marine
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