Le temps

Publié le par Christophe Leconte

LE TEMPS

I/ REPRESENTATIONS VARIABLES

 

A/ En fonction de l'affectivité.

 

Selon l'intensité, contraction ou dilatation pos. du temps. La chronopsychologie distingue 3 lois de percéption du temps:

La première loi constate des variations en fonction du morcellement du temps: Plus une activié est morcelée, plus elle paraît dûrer longtemps: Une activité répétitive et sans motivation ( comme le travail à la chaîne) paraît dûrer beaucoup plus longtemps qu'un travail créatif.

La deuxième montre que plus une activité est intéressante, plus elle paraît brève: Le temps de la distraction semble plus court que le temps de travail ennuyeux: L'intérêt pour une tâche ou une action lui donne une unité qui fait que la temporalité se contracte.

La troisième loi montre que le temps avant une épreuve ou une satisfaction paraît toujours plus long. L'attente est une dilatation psychologique du temps.

 

B/ Rapport du temps Physiologie

 

Subj. Changement de rapport au temps avec l'age.; Le temps s'écoule plus vite ; déclin de capacité de fixation de la mémoire.

Obj. Guerre de 14 18 Mesure de la vitesse de cicatrisation d'une plaie en fonction de sa grandeur. et de l'age

Observation: l'activité réparatrice des tissus est 5 fois plus grande à 10 ans qu'à 60 ans

=>1 cicatrise guérira en 10j chez un enfant de 10 ans

en 3.5 mois chez un homme de 60 ans

En 1 heure un enfant de 10 ans vit Psycho ce que vit un homme de 60 ans en 5 heures.

 

Cependant exprime décalage par rapport au temps objectif

Ces considérations expriment la relativité du temps; ne permettent pas définir ce qu'est le temps

 

II/ LA NATURE DU TEMPS

 

Intro : Difficulté à cerner le temps

-On ne peut se placer en dehors du temps: "On ne peut pas vraiment parler du temps puisqu'on met du temps à parler et même à penser " Le temps est à la fois dedans et dehors , donc il n'est pas objet." Jankélévitch " Entretiens "..

On sait que le temps existe mais on ne peut articuler cette question:

"Qu'est-ce que le temps, si personne ne me le demande je le sais, Si je veux l'expliquer à quelqu'un qui me le demande , je l'ignore." St Augustin " Confessions" T.2 L.XI.

 

-A/ Le temps existe indépendamment des choses et du temps.

=> Le temps est Réel

Descartes Newton: Temps absolu, coulant toujours de la même manière (opposé à la perception de la durée par le mouvement. Pour Newton, le monde est réglé comme un horloge, le temps est un absolu, mais réversible: Les planètes tournent selon un ordre qui pourrait s'inverser sans problème.

 

B/ Deux objections qui confirment l'idéalité du temps:

1) Le temps est dans l'esprit humain:

Il ne peut exister sous forme de substance puisqu'aucune de ses parties existe: Le passé n'est pas le futur n'est pas encore, le présent est insaisissable.

Pour LEIBNIZ Le temps est un simple concept; il permet à l'esprit de comprendre la succession de ce que Dieu a crée en étant lui même en dehors du temps.

 

2) Le temps est dans la succession des choses

Toutes nos idées viennent de l'expérience et de la succession des choses. Le temps est donc une abstraction tirée de l'expérience Cf. HUME.

 

C/ Idéalisme transcendantal:

 

Renvoie dos à dos les théories qui font u temps une réalité inhérente aux choses et celles qui en font un simple concept. Le temps est une forme par laquelle nous sont donnés les objets.

 

1) Le temps n'est pas dans les objets :

On ne saurait supprimer le temps des phénomènes mais on peut par la pensée retrancher les phénomènes du temps.

 

2)Le temps n'est pas un concept:

Nul concept ne pourrait résoudre une contradiction telle que l'existence et l'inexistence d'une même chose dans un même lieu

 

3) Ne peut être tiré de l'expérience.

- Temps ne peut être tiré de l'expérience de la succession En effet

"la simultanéité ou succession ne tomberait pas elle même sous la perception , si la représentation du temps ne lui servait a priori de fondement."

Kant:. Esthétique Tz section 2 , § 4.

- Des axiomes temporels tels que : "Des temps différents ne sont pas simultanés mais successifs" Ont une certitude totale et universelle qui ne se rencontre pas dans l'expérience

( avec l'expérience on peut dire "voilà ce qu'enseigne l'observation commune " on ne peut dire ce qui doit être nécessairement.)

 

4) Le temps est une condition de notre représentation des choses,

Il est une forme a priori (de notre sensibilité) par laquelle nous pouvons percevoir les objets, Il détermine le rapport de nos représentations dans notre état intérieur..

 

.Conséquences:

-Restriction de la signification des propositions temporelles:

Des propositions sur l'infinité du temps ont une portée restreinte: signifient simplement que

" toute grandeur déterminée du temps n'est possible que par des limitations d'un temps unique qui lui sert de fondement"

L'infinité du temps est seulement une condition nécessaire à ma considération de toute grandeur temporelle.

- Nous pouvons déterminer de façon valide des lois a priori concernant le temps, ce lois s'appliqueront sans problème aux phénomènes

- cependant nous ne pouvons en aucun cas savoir quels rapports entretiendraient les objets pour une conscience qui n'aurait pas le temps comme forme a priori, comme condition de l'expérience.

 

III LES REPRESENTATIONS DU TEMPS

 

Transition: Le temps est donc inhérent à la condition humaine

Les conséquences pour l'homme de sa condition temporelle ne dépend pas seulement de la réalité du temps; dépend aussi de la façon dont on se le représente.

 

A/ Durée vivante et discontinuité.

 

La représentation du temps par une ligne ou par mvt d'aiguilles sur une montre est une représentation impropre due à une spatialisation du temps.

Ainsi on se représente le mouvement comme discontinu de même façon qu'on peut découper une droite. => l'illusion de la discontinuité est due à un découpage artificiel du mouvement:

- Un pendule va de A en B nous disons qu'il est passé par tous les points intermédiaires; donc que le mvt (et le temps) sont divisible.

Dans ce raisonnement oubli que si le mouvement passe par des positions il ne s'y arrête jamais. Même chose pour la représentation en heures minutes secondes : toute quantification du temps en est une spatialisation, transforme le continu et l'indivisible en discontinu et divisible " une fois que le trajet est effectué, comme la trajectoire est espace et que l'espace est infiniment divisible, nous nous figurons que le mouvement lui même est infiniment divisible." Bergson: ."La pensée et le mouvant " ( la perception et le changement)

Cette illusion est basée sur ce qui intéresse l'homme (pour l'action) non pas le changement de position mais les positions elles mêmes.

- Problème :cette conception est celle d'un temps abstrait: considère un temps plein d'événements et efface les événements pour parvenir à une durée pure.

Le temps tel que le vit notre conscience n'est pas un temps continu et indifférent mais le temps de l'acte : l'instant.

Les instants sont cependant successifs et conduisent au néant; la jouissance de l'instant n'efface pas l'orientation du temps

 

 

 

B/ Temps cyclique ou linéaire:

Existence de peuples où temps ne représente pas un fleuve mais le constant retour du même : Sociétés non historiques rythmées par des cérémonies de régénérescence et une participation à l'être qui évite la destruction; la désagrégation par le temps.

=> Rien n'est jamais irrémédiablement perdu car tout est référé à une éternité signifiante.

Au contraire dans la représentation occidentale chaque moment est irrémédiablement perdu, la ligne ne se parcourt que dans un sens.

 

IV RESSENTIMENT CONTRE LE TEMPS:

 

Transition conséquence de la représentation occidentale du temps.

 

A/Temps est corrupteur:

"Le temps est en soi plutôt cause de destruction puisqu'il est nombre du mouvement et que le mouvement défait ce qui est" Aristote:." Physique " " IV.

Pascal: Constat de départ: Le seul temps qui appartient à l'homme est le présent.

Cepdt l'homme ne s'attache pas au présent; le considère au travers d'un avenir par l'anticipation ou au travers du passé par le regret (= cause de l'effet)

Conclusion normale: l'homme devrait s'attacher au temps qui lui appartient

Raison de l'effet: Le présent nous blesse car il pose sur chaque chose le constat de l'éphémère:

" nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper" Pascal: ." Pensées " 172.

: La prise de conscience de la condition humaine est douloureuse l' homme est fluent entre une durée perso. finie et un temps fini

=> Mort "le dernier acte est sanglant quelque belle que soit la comédie en tout le reste" . ibid 21O.

 

 

B/ La fuite

 

1/ Inauthenticité et divertissement

Le malheur humain (effet) a une cause: l'homme est incapable de se passer de divertissement "tout le malheur des hommes vient d'une chose , qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre." .ibid 139. Cf. guerres passions etc..

- Le divertissement est la structure du projet: Etre au devant de soi pour ne pas revenir à soi.

cf Le lapin du roi «  un roi sans divertissement est un homme bien malheureux »

L’homme ne cherche pas le but mais le fait de poursuivre un but. peu importe lequel, travail ou affaires, ou poursuite. Cf Sacha Guitry: « le meilleur moment de l’amour c’est lorqu’on monte l’escalier. »

- Distinction entre le divertissement et la distraction:

Le sérieux est une marque du divertissement qui ne se concoit pas comme tel. Inauthenticité inconsciente d’elle même, contrairement à la frivolité. Cf Dom Juan qui sait que la statue du commandeur l’attend.

Raison de cet effet: " Consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle si misérable que rien ne peut nous consoler quand nous y pensons de près .".Ibid

Le mode d'existence le plus immédiat a donc son origine dans une fuite inauthentique car l'homme ne coïncide plus avec lui même.

 

2/ authenticité :

Référence du temps a autre chose que lui même.

Autre que le temps: l'éternité; "L'Eternité diffère du temps parce qu'elle est toute à la fois, tandis que le temps est succession , et non pas en ce que l'éternité serait un temps sans commencement ni fin." St Thomas

- Opposition de la fragilité ontologique du monde sensible à un autre monde .

" l'essence que nous définissons par l'être véritable est-elle :toujours la même et de la même façon , ou tantôt d'une façon, tantôt de l'autre ?" Platon: " Phédon " 65 c.

- En conséquence le temps n'appartient pas au monde réel "Le temps est l'image mobile de l'éternité". " Timée "

Prise en considération de la condition humaine. Chez Pascal l'absurdité de la condition humaine la crainte que provoque sa fragilité apporte la nécessité d'un Dieu seule alternative à la misère de cette condition.

Obj:

- Le recours Platonicien à l'éternité est une nécessité pour une connaissance rationnelle des choses (on ne peut définir réellement que ce qui est toujours semblable à soi )

- Le recours Pascalien à l'éternité est une condition à un problème Existentiel

=> Autre solution possible:

L'acceptation du tragique ou de l'absence de sens du monde

 

C/ le tragique

 

Possibilité d'envisager une prise en compte authentique de la temporalité sans que la détresse ou le ressentiment en soit la conséquence:

Ce que nie le tragique, ce n'est pas le caractère destructeur du temps, ou la fragilité du bonheur, il nie que cette fragilité soit une objection au caractère heureux du bonheur:

" peu importe que le bonheur soit fragile si sa fragilité est impensable"

Rosset " l'anti-nature " p.88

Le tragique affirme l'indépendance de la joie d'être au monde à l'égard de la perte du monde dans le temps: " l'amour du réel est indépendant de la mort du réel " ibid

En somme le tragique assume authentiquement le temps et l'absence de sens qui en résulte mais n'en tire pas comme conséquence l'impossibilité de vivre, et de vivre heureux:

Antiphrase de Pascal pensée 218: " Qu'importe que le dernier acte soit sanglant si la comédie est belle en tout le reste."

 

Le recours Pascalien à l'éternité est symptôme de tous les recours a l'éternité A l'origine se retrouve un ressentiment contre le temps qui détruit et le passé mort ." Ceci, oui, seul ceci est la vengeance elle même: le ressentiment de la volonté contre le temps et son "il y avait"." Nietzsche Z.II ." De la délivrance.".

 

Opposé a l'attitude tragique: acceptation du temporel par la pensée la plus haute celle de l'éternel retour.

Considérer le temps comme orienté et comme devant être soutenu par un monde stable est l'expression d'une vie affaiblie

L'eternel retour est la pensée la plus haute elle permet l'éternité de l'instant par retour éternel des dispositions qui jamais ne s'épuisent. C'est surtout un principe discriminant qui permet de déterminer la qualité de la volonté, une volonté délivrée du ressentiment à l'égard du temps: Vouloir que toujours revienne ce que nous vivons permet d'assumer même le caractère tragique de la déreliction.

 

V. SOLIDARITE DE L’ETRE ET DU TEMPS.

 

axes : détermination non linéaire du temps (toujours avènement comme présence. )

Autre considération de l'être ,non ce qui demeure éternellement mais la présence qui se manifeste.

 

.A/ Refus de la temporalité linéaire

 

H. Le temps n'est pas la suite des maintenant = simple détermination quantitative du temps = ce qui permet de l'offrir à la mesure mathématique.

L'appréhension authentique du temps par l'homme

Passer par l'être qui comprend le temps : l'homme

Pour comprendre l'homme il faut le saisir dans sa totalité, ce qui semble impossible : l'homme est toujours en avant de lui même;, il ne considère pas ce qu'il est mais ce qu'il va faire ; il demeure insaisissable .

Seule occurrence ou l'on peut saisir l'homme dans sa totalité; et où il peut lui même se considérer entièrement, de la façon la plus propre: La mort.

La mort est la pos. de l'impos. de l'être-là = "La pos. la plus propre, absolue, certaine et comme telle indéterminée, indépassable de l'être-là" "Etre et Temps "p.258

La dimension première du temps n'est donc pas le présent où l'être se perd dans la préoccupation mais l'avenir par anticipation résolue de sa propre mort.

La mortalité n'est pas une conséquence de la temporalité; c'est l'inverse.

-! En anticipant sa propre mort l' homme fait retour sur lui même et découvre (son être-jeté) le fait que quelque chose soit toujours déjà là et surtout la facticité de son existence.

"Le passé d'un certaine manière jaillit de l'avenir." ibid p.325)

 

-Le présent est le mouvement par lequel l' homme anticipant sa propre mort et assumant ce qui est déjà là découvre les possibilités concrètes et les circonstances déterminées qui s'offrent à son action.

 

B/ Conjonction de l'être et du temps

 

Cette autre acception du temps va permettre de nier l'opposition métaphysique entre l'être et le temps.

 

La métaphysique oppose l'être et le présent: L'être est ce qui est c'est l'étant véritable, ce qui n'est pas soumis au changement , l'idée, ce que les choses ont de toujours semblables indépendamment du temps.

- La métaphysique Platonicienne, considère que l'être des choses c'est ce que la chose est véritablement, sa définition, valable non pas dans le temps mais dans l'eternité.

- Cependant, l'être de la chose ce n'est pas ce que la chose est ( sa définition), mais le fait que la chose soit, le fait d'être. Et cet être se manifeste dans la présence, autrement dit dans cette détermination temporelle irréductible à une définition qu'est le manifestation de la chose dans le présent.

- On peut donc considérer que, loin de se consacrer à l'être, la métaphysique qui nie le temps est un oubli de l'être.

- On ne peut plus opposer le temps et l'être car à chaque dimension du temps une présence est procurée. (Cf. la présence de ce qui est ne se réduit pas à l'ensemble de ses déterminations) " Le passé ne s'abîme pas comme ce qui a simplement cessé d'être, hors du maintenant d'autrefois. dans le passé une présence est procurée".(Temps et Etre, p.3O).

 

CONCLUSION.

 

" Le temps est à la fois dedans et dehors , donc il n'est pas objet" JANKELEVITCH entretien

 

" Qu'est-ce que le temps, si personne ne me le demande je le sais, Si je veux l'expliquer à quelqu'un qui me le demande , je l'ignore." St AUGUSTIN. Confessions T.2 L.XI.

 

"la simultanéité ou succession ne tomberait pas elle même sous la perception , si la représentation du temps ne lui servait a priori de fondement."

KANT: Esthétique Tz section 2 , @ 4.

 

"Le temps est en soi plutôt cause de destruction puisqu'il est nombre du mouvement et que le mouvement défait ce qui est" ARISTOTE .Physique IV.

 

" Le passé ne s'abîme pas comme ce qui a simplement cessé d'être, hors du maintenant d'autrefois. dans le passé une présence est procurée".(Temps et Etre, p.3O).

 

 

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Publié dans Cours

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