La liberté

Publié le par Christophe Leconte

LA LIBERTE

I L'ABSENCE DE CONTRAINTE:

 

A/ Absence de contrainte extérieure

 

Si on définit la liberté par l'absence de contrainte, on pourrait entendre la liberté comme l'absence de toute contrainte extérieure: serait libre celui qui pourrait donner libre cours à tout ce qui serait en lui, qui n'aurait aucun frein, aucune force pouvant s'opposer à la sienne. C'est à dire donner libre cours à ses passions. Confère: Callicles dans le Gorgias.

«  Il faut laisser prendre à ses passions tout l'accroissement possible au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence. » PLATON : Gorgias.

Dem que telle est la liberté intimement souhaitée par tous Cf. Gygès.

Cette dem. permet d'assimiler la liberté à l'assouvissement des passions.

 

- 1er problème: politique

Liberté unique excluant toute autre liberté. Problème du tyran

 

- 2ème problème: je peux " faire ce que je veux " et ne pas être libre.

N'avoir aucune contrainte ext. n'=> pas être libre. Etre libre n'implique pas d'obéir à ses passions; les passions peuvent être une servitude pire que l'esclavage.

Je peux même ne pas reconnaître dans l'impulsion que je ne faisais pas ce que je voulais.

Un meurtrier impulsif peut dire par la suite " je ne voulais pas çà"

-Donc: Liberté # absence de contrainte extérieure mais = absence de contrainte intérieure.

Cela supposerait un pouvoir d'agir indépendant de toute cause quelle qu'elle soit.

- Mieux vaut mieux être maître de soi que maître du monde

 

b/ Liberté = absence de déterminisme

 

Comment se définirait une telle liberté et comment s'illustrerait-elle ?

Il ne s'agit pas ici de la démontrer.

 

= La liberté métaphysique -> un pouvoir spécifiquement humain d'être affranchi des lois naturelles qui veut que tout effet ait une cause.

«  La liberté consiste seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou finir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne. » Descartes Méditations IV.

V Essentiel : sentir. Il ne s'agit pas là d'une démonstration, on ne peut pas démontrer. Si on pouvait la démontrer, elle serait nécessaire, or la liberté est le contraire de la nécessité. Peut-être peut-on alors en proposer une expérience.

 

Acte qui ne soit déterminé par rien :

 

1) Expérience de l'indifférence ou indifférence ignacienne.

- Enlever tout motif possible pour ne laisser comme motif que la liberté

«  Pour sentir évidemment notre liberté il faut en faire l'épreuve dans les choses où il n'y a aucune raison qui nous penche d'un côté plutôt que d'un autre. » Bossuet

- Mise en parallèle avec l'âne de Buridan : un âne qui aurait aussi soif que faim, et qui serait placé à égale distance d'un seau d'eau et d'un sac d'avoine mourrait de faim parce que les deux déterministes, en s'équilibrant, s'annuleraient.

Il s'agit de reproduire la même expérience pour l'Hô afin, cette fois, de motiver la liberté métaphysique de l'Hô.

C'est l'un des exercices spirituels de St Ignace, exercice destiné à montrer la spiritualité de l'Hô.

Parvenir à une égalité parfaite de deux termes d'une alternative être aussi disponible qu'un cadavre " périnde ad cadaverum", n'incliner à rien pour que la part divine de l'homme se

manifeste.

Radicalisation dans l'acte gratuit

 

2) L'acte gratuit.

 

Voir dans l'acte absurde, immotivé, l'illustration de la liberté en acte, il s'agirait d'un acte libre parce qu'on ne pourrait le rattacher à aucun motif, à aucune loi ( -> aussi crime parfait confère Arsène Lupin -> pour moi).

Exemple dans les caves du Vatican d'André Gide. Un homme (Lafcadio) se rend seul à Rome par le train, c'est la nuit et il n'y a qu'un petit vieux dans son compartiment.

« Qui le verrait pleurer Lafradio ? Là tout près de ma main, sous ma main, cette double fermeture que je peux faire jouer ; cette porte, qui cédant tout à coup le laisserait crouler en avant, une petite poussée suffirait, on n'entendrait même pas un cri. Un crime immotivé, quel embarras pour la police! Ce n'est pas tant des événements dont je suis curieux mais de moi-même. »

Objection: On confond le caprice, l'impulsion du moment avec la liberté.

- Le caprice n'est pas une expression de la liberté:

Il correspond à une impulsion momentanée proche de l'impulsion passionnelle.

Là aussi celui qui cède au caprice peut s'apercevoir ensuite que ce n'était pas là " ce qu'il voulait."

Celui qui cède au caprice peut très bien se rendre compte après que ce n'était pas là sa volonté propre

=> Considérer une autre expérience possible de la liberté

 

c/ problèmes de la liberté indifférente

 

1)Indifférence = défaut

 

- Etre indifférent c’est ne pas savoir quoi choisir => Défaut dans la connaissance, pas perfection dans la liberté

 

L’acte le plus libre serait plutôt celui qui nous ressemble le plus = l’acte volontaire

- Ne cède pas à une impulsion momentanée

- Est précédé d'une réflexion qui élabore un projet, on se propose un tâche

Possibilité alors de dire qu'on fait ce qu'on veut contrairement au capricieux, qui ne s'implique pas dans une tâche

- Ne pas être indifférent à un choix n’=> pas que ce choix ne soit pas libre:

« Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre sans jamais être indifférent. » Descartes ibid.

 

Ainsi l'acte libre n'est pas l'acte indifférent, mais l'acte le plus profondément motivé, le plus réfléchi. Si on pose alors le problème du cadre dans lequel l'Hô va affirmer cette liberté, de son rapport avec un univers soumis à des lois.

 

Autre problème : le choix volontaire, pourrait ne pas correspondre à une non détermination de l'homme mais à un niveau différent de détermination.

- Même le projet d’acte gratuit pourrait être considéré comme réductible à une cause

Cf La psychanalyse.

- Explication psychanalytique probable de l’acte gratuit cité = aggréssivité refoulée envers le père

Trouver de l'indéterminé dans l'homme voudrait donc simplement dire que l'on n'a pas encore trouvé quel était sa détermination. C'est de l'ignorance. L'homme comme la nature serait donc entièrement déterminé à agir comme il le fait, c'est ce que l'on appelle la nécessité.

 

 

d/ La nécessité

 

La détermination considère que l'homme fait partie de la nature tout effet à une cause et il n'y a pas de cause qui ne soit aussi une effet . Dans ce cas trouver la liberté humaine dans quelque îlot de contingence, dans un indéterminé paraît absurde.

- Liberté Métaphsysique = illusion

Cf mécanisme de l’illusion: répond à un phénomène réel et persiste à sa réfutatiçon

- Mécanisme réel en cause dans l’illusion de la liberté = ignorance des causes qui nous font agir.

Si une pierre pensait dit en substance Spinoza, elle croirait être libre de rouler. Il en est de même des hommes qui ne sont conscient, que de leur désir mais pas de la cause qui les détermine, qui croient avoir une volonté libre alors qu'ils ont des volontés déterminées .

"C'est ainsi qu'un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s'il est irrité mais fuir s'il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu'ensuite il aurait voulu taire." Spinoza lettre à Schuller.

 

- La liberté alors encore pensable est le fait d’agir selon la seule nécessité de sa propre nature = la liberté qui s’oppose à la contrainte.

Cependant cette définition n’est pas un retour à la seule puissance.

Celui qui se laisse aller à ses passions est en fait déterminé par les objets de sa passion. Celui qui est libre est celui qui laisse se développer en lui sa pensée, qui fait en sorte que sa pensée ne soit pas déterminée par une pensée étrangère ou une opinion.

 

Nous nous trouvons donc face à une antinomie radicale que, semble-t-il, rien ne permet de résoudre : d'un côté, nous avons le postulat de la liberté humaine qui consiste à affirmer que l'être humain à le pouvoir de s'auto-déterminer, de l'autre, nous avons la thèse selon laquelle l'homme soumis fait partie de la nature et est donc soumis en tant que tel à des lois invariantes, que l'on peut déterminer les lois de son comportement et que sa liberté n'est qu'une ignorance des causes qui le déterminent.

 

II CONSTAT DE L’ANTINOMIE 

 

Liberté favorable à la morale et à la religion : Toute l'ancienne psychologie, la psychologie de la volonté, n'existe que par le fait que ses inventeurs, les prêtres, chefs des communautés anciennes, voulurent se créer le droit d'infliger une peine, ou plutôt qu'ils voulurent donner ce droit à Dieu... Les hommes ont été considérés comme « libres », pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables Nietzsche Crépuscule des idôles.

 

III Dépassement de l'antinomie

 

a) la solution transcendantale

 

Elle trouve son origine dans une théorie Cce :

Le problème de la liberté réside dans celui de la causalité.

De 2 chosses l’une:

- Ou la causalité est une relation intrinsèque au monde

- Ou il s’agit de ma façon de comprendre le monde, une relation interne à ma logique.

Si la cause appartenait au monde, je ne pourrais jamais rien en dire a priori, en dehors de l’expérience ( comme je ne peux rien dire d’absolument certain concernant la causalité historique )

- Or je peux totalement a priori déterminer des propositions nécessaires à propos de la cause. Ex: Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Donc la cause est le concept à travers lequel je comprends le monde.

 

Conséquence: je peux continuer à penser la causalité d’un acte humain ( ce qui est favorable à la connaissance ). Cependant je dois toujours également supposer l’homme comme possiblement libre.

- C’est souvent ce qui se passe lorsque l’on considère l’autre: sa psychologie nous paraît transparente et la notre complexe.

Ambivalence observable dans le remord:

« ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l'on regarde celle-ci comme une cause qui a pu et a du déterminer autrement la conduite de l'homme, indépendamment de toutes les conditions empiriques nommées. » Kant : Critique de la raison pure.

 

 

Données du problème : L'homme doit se donner à lui même sa loi agir selon sa volonté pure sans être déterminé par rien; se donner à lui même sa loi.

 

b/ l'acte moral

 

Une volonté qui est déterminée de l’extérieur par un obet n’est pas libre: hétéronomie de la volonté, pas autonomie.

Une volonté autonome est une volonté determinée uniquement par sa possibilité de devenir une loi, c’est à dire sur la valeur universelle de la motivation à la base de l’action.

 

c/ conséquence sur les types de liberté.

 

On comprend comment il est possible d'obéir aux lois et d'être libre: La vraie liberté ( autonomie ) est l'obéissance à la raison.

- Puisque la loi dans un état légitime est l'expression de la volonté générale

- Que l'acte libre consiste à se demander si ce que l'on veut peut être voulu par tous.

- Il y a correspondance nécessaire entre la liberté est l'obéissance à la loi.

cf. Rousseau: «  Ce que l'homme perd par le contrat social c'est sa liberté naturelle et un droit absolu à tout ce qui le tente et qu'il peut atteindre; ce qu'il gagne c'est la liberté civile et la propriété de tout ce qu'il possède. » Du contrat social L.I, CH.VIII

 

Transition

La liberté ne se limite pas au choix moral.

- Tout choix est un choix moral

Si on a la possibilité de raisonner sur le principe et qu'on ne le fait pas, c'est un choix.

( on est d'ailleurs coupable de ne pas avoir réfléchi avant d'agir )

- Tout choix développe une conception universelle.

Même si nous laissons libre cours à nos passions, nous pensons que tout homme dans la même situation devrait agir ainsi: «  en effet il n'est pas un de nos actes qui, en créant l'homme que nous voulons être , ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être. » Sartre

 

III LA LIBERTE RADICALE

 

A) l'angoisse

 

1) Epreuve de la liberté

Pas dans l'acte moral de façon privilégiée

La liberté devient consciente par l'angoisse.

=> Distinguer peur et angoisse:

« la peur est peur des être du monde, l'angoisse est angoisse devant moi; Le vertige est angoisse dans la mesure où je redoute non de tomber dans le précipice mais de m'y jeter. » Sartre: l'être et le néant p. 64

Cf. aussi l'exemple du Krach et de la différence entre la question: " que va-t-il m'arriver ?" et que vais-je faire ?

- L'angoisse est liberté parce qu'elle me montre que ce que je vais faire n'est inscrit ni en moi ni hors de moi, que rien ne me l'indique, que ce que j'ai à être j'ai à l'inventer, comme j'ai à produire mon acte.

- Mais angoisse épreuve dans le sens d'éprouvant: l'angoisse se révèle comme impossibilité de trouver une quelconque assurance cf. " on est condamné à être libre "

- Cf le paradoxe de Sartre: c’est dans les moments de crise que la liberté se fait jour le plus clairement cf: «  On n’a jamais été aussi libre que sous l’occupation allemande »

Impossibilité de se laisser aller à l’inertie des choix antérieurs

 

2) Fondement de l'existentialisme

- Là est l'explication de l'expression l'existence précède l'essence: l'homme n'est pas le produit d'une essence, comme un arbre est le produit d'une graine, l'homme n'a pas d'essence car rien ne le détermine à être ce qu'il a à être.

«  Si en effet l'existence précède l'essence on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée, autrement dit l'homme est libre, l'homme est liberté. »

SARTRE : L'existentialisme est un humanisme

 

b/ limites de la liberté radicale ?

 

1) les obstacles extérieurs

- IL existe des restrictions à ma liberté venues du dehors ( handicap etc.)

En réalité ces données ne limitent pas mes possibilités mais lui donnent un autre cadre: «  Il est vrai de dire que l'on m'ôte des possibilités. Mais il est aussi vrai de dire que je m'y cramponne ou que je ne veux pas voir qu'elles me sont ôtées (...) En un mot ces possibilités sont non pas supprimées mais remplacées par un choix d'attitudes possibles envers la disparition de ces possibilités. » Ibid

 

2) Les autres

 

a) la honte

Autrui figer ma liberté et me transformer en objet cf. Honte.

Là pas destruction constante de ma liberté, compréhension de la liberté de l'autre. Saisie du fait que ma liberté existe dans un monde intersubjectif.

" La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres " reçoit aspect positif:

Je saisi surtout que la liberté des autres commence, que je ne peux pas le considérer simplement comme un objet de ma perception, je le considère toujours aussi comme un sujet d'appréciation.

 

b) l'aliénation

 

3) La mauvaise foi

Restriction réelle de ma liberté. Cf. Simone de Beauvoir: Pour une morale de l'ambiguïté

a ) Refuser de prendre conscience de l'humanité de l'autre:

- Paternalisme : l'autre ( le noir, la femme, n'est pas mûre pour la liberté )

- Idéologie: L'homme ( pour qui seul quelque chose vaut ) est moins important que la valeur, il y a une valeur en soi des valeurs => on peut y sacrifier L'homme (= esprit de sérieux de la tradition, fanatisme).

b) Se faire passer pour un être:

Refuser d'assumer la paternité de son acte, le considérer comme découlant d'une nature.

 

 

CONCLUSION

La liberté est donc certes la liberté physique, l'absence de contrainte extérieure, qui devient plurielle en fonction des contraintes dont on parvient à s'émanciper ( liberté d'expression, d'aller et venir etc. ).

Cependant cette indépendance n'est pas le seul aspect de la liberté: comme on peut être aliéné dans l'acte même qui paraît être l'expression de notre volonté ( le " je fais ce que je veux "du drogué ), on peut conservé une liberté dans l'incarcération par exemple.

La liberté consiste donc plus essentiellement dans une absence de détermination intérieure, dans une possible autodétermination.

Cette liberté exigée par la morale entre apparemment en contradiction avec la science qui elle exige l'attribution d'une cause à un effet.

Cependant une théorie de la connaissance considérant la causalité comme un des concepts par lesquels nous comprenons les choses, permet de concilier la connaissance de l'homme objet d'expérience et la possibilité pour l'homme en lui même de penser une causalité libre.

L'acte morale semblerait confirmer cette possibilité puisque l'homme aurait la faculté, par la raison, de s'interroger sur la possible universalité du principe à la base de son action et donc de se donner à lui même sa propre loi, d'être autonome.

Mais la possibilité même de faire appel à la raison érige l'acte déraisonnable lui même en acte libre ( le remords indique le regret de ne pas avoir réfléchi, donc de librement ne pas avoir fait appel à la raison ). De plus l'inefficacité même de cet appel pour déterminer une option et éviter l'angoisse du choix semble nous condamner à une liberté constante qu'il nous reste à assumer dans sa radicalité.

 

Publié dans Cours

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