Les échanges

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LES ECHANGES

I MULTIPLICITE DU SENS DE L’ECHANGE

 

1) Distinctions conceptuelles

Spécificité humaine de l’échange : les animaux n’échangent pas leur proie disait Adam Smith, l’échange suppose non seulement communication mais aussi réflexion sur les différents avantages de ce qu’on possède et de ce que l’autre possède.

Ce que suppose également l’échange est une égalité relative des partenaires économiques, sans laquelle la violence remplacerait vite l’échange. Echanges s’oppose alors à pillage et constitue une alternative à la violence. «  C’est quand il n’y a pas de supériorité nettement reconnaissable, et qu’un conflit ne mènerait qu’à des pertes réciproques et sans résultat, que naît l’idée de s’entendre et de négocier sur les prétentions de chaque partie : le caractère de troc est le caractère initial de la justice » Nietzsche : Humain trop humain I, 92

Mais si échanges s’oppose à violence il s’oppose au don qui est désintéressé, les échanges sont toujours intéressé mais fonctionnent dans la mesure où il y a recherche d’un intérêt mutuel ou au moins d’un intérêt commun.

 

2) Difficulté pratique de l’échange : Problème de l’équivalence des biens

Il faudrait alors un cadre qui établirait l’équivalence des biens ou des services : si l’on veut échanger il faut savoir ce que vaut ce que l’on a ou ce que l’on fait par rapport aux possession ou au travail de celui avec lequel on veut échanger.

Insuffisance du troc

Le troc s’avère alors insuffisant : il est certes facile d’échanger une journée de travail contre une autre, une arme contre un sac de blé mais comment savoir combien de sacs de blé peut coûter une maison ? «  le rapport ne serait pas réalisé s’il n’existait un moyen d’établir l’égalité entre des choses dissemblables » Aristote Ethique à Nicomaque

Solution : la monnaie

La monnaie est ce qui permet l’échange même lorsque les produits à échanger sont de valeur très inégale : «  IL est nécessaire de se référer pour tout à une valeur commune »

Cette mesure sera alors la plus réduite pour que tout produit puisse équivaloir à une ou plusieurs de ses unités. D’ailleurs même les économies qui refusent le circuit économique classique sont obligés de recourir à des solutions monétaires cf. le sel

Ainsi l’évaluation devient possible mais cela ne résout pas les problèmes d’évaluation : Comment évaluer combien de fois la journée de travail de quelqu’un peut valoir la journée de travail d’un autre ( la journée d’un courtier en bourse vaut-elle 10 fois celle d’un serveur ?)

 

3) Extension des échanges

Les échanges ne se limitent pas à la seule relation économique, on parle d’échanges culturels ou sociaux. Plus précisément l’échange considère 2 ordres de réalité :

  • Le système de parenté avec les règles de communication d’un groupe à l’autre

  • le langage avec l’échange des messages

Cependant le sens de l’échange ne connaît pas seulement de variation sémantique : en considérant son sens le plus quotidien d’échange marchand il connaît une variation historique qui pose également un problème moral ou idéologique

 

 

II EVOLUTION HISTORIQUE DE L’ECHANGE ET PROBLEME MORAL

Variation du sens de l’échange :

La pratique quotidienne contemporaine de l’échange tend à faire penser qu’il doit présenter pour ses participants un intérêt réel ou concret. Il peut cependant y avoir échange sans que l’intérêt concret soit identifiable : Dans l’institution du Potlach ( mot américain d’origine chinook ) il s’agit de mettre à l’épreuve il s’agit de mettre à l’épreuve le prestige d’une famille en faisant des cadeaux auxquels l’autre famille devra répondre de façon plus somptuaire jusqu’à ce que l’un ne puisse plus surenchérir cf. Marcel Mauss Le don

On retrouve ce type de pratique dans les sociétés de prestige et notamment dans la France de l’ancien régime (cf. la bourse qu’avait jeté le duc de Richelieu parce qu’ayant demander à son fils de la dépenser en grand seigneur celui là la lui avait ramenée ).

On en trouve même une trace plus moderne dans la recherche d’objets ayant une valeur de prestige plus qu’une valeur d’usage ( les marques ).

Cependant historiquement la bourgeoisie pour compenser le prestige que de toute façon il lui était impossible, a préféré accumuler ce qui lui permettait d’acquérir autre chose que ce qui lui permettait de consommer, ainsi s’est développé l’accumulation de valeurs d’échanges ( faculté que donne un objet d’en acquérir un autre ) par rapport à l’accumulation de valeurs d’usage ( importance relative qu’accorde à une chose celui qui veut s’en servir )

 

Nouvel objectif de l’échange : l’intérêt

En fonction de la distinction même entre valeur d’usage et valeur d’échange les économistes libéraux ont fondés une distinction entre le travail productif et le travail non productif. Adam Smith rappelle qu’employer des domestiques équivaut à dépenser en pure perte. A l’opposé employer des ouvriers est un investissement.

L’échange acquiert alors un nouvel objectif : il s’agit non plus de satisfaire des besoins ou une passion mais spécifiquement de trouver un intérêt. L’échange s’épure alors de toutes les circonstances extérieures à la valeur négociable et bien sûr à ne pas faire de sentiments.

L’analyse de l’échange permet donc de voir se dégager une rationalité économique : obéissance à une règle prescrivant de dégager le plus grand intérêt possible à l’exclusion de toute autre considération.

L’utilitarisme de Bentham illustre cela : Aucune action aucune réalité n’ont de valeur en eux mêmes la valeur est fonction du désir qu’on peut en avoir c’est à dire de l’argent qu’on peut dépenser pour l’obtenir.

 

Contradiction entre rationalité économique et morale :

Seules sont considérées dans la sphère de l’échange les dimension négociables, les autres étant exclues ( dimension intellectuelle et morale) => contrad. Entre conception morale et économique des échanges :

La morale impose de considérer autrui comme une fin et jamais uniquement comme un moyen

La rationalité économique impose de parvenir au plus grand profit, à la réalisation de l’intérêt et pour cela de cacher par exemple des informations concernant un échange.

Les volontés seraient alors contradictoires dans l’échange économique et la perte de l’un ferait le gain de l’autre.

Mais c’est là confondre le bien et la pureté des intentions/ Une action n’est pas bonne en économie parce que l’intention qui y prédise est honnête mais parce qu’elle augment le bien être du plus grand nombre sans nuire au petit : « Lorsqu’un degré de bonheur égal est attendu résultat d’une action, la vertu est proportionnelle au nombre de personnes auquel ce bonheur s’étendra » Hutcheson : Recherche sur l’origine de nos idée de la beauté et de la Vertu XVIIIème s

Une fable illustrait déja ça en 1714 Mandeville décrit une ruche prospère où chacune travaille à son propre bien, Un moraliste condamne à leur yeux les produits de luxe ce qui entraîne le chômage, une crise et à terme la ruine de la ruche.

La prospérité commune dépendrait donc aussi des passion moralement condamnables : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. » Adam Smith : recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Le principe de la liberté des échanges est donc posé : chacun travaillant pour son profit personnel concourre à l’intérêt commun, la loi du marché joue un rôle régulateur qui s’appuiera plus tard sur le paradigme naturel de la sélection naturelle mais qui est déjà posé au XVIIIème : les plus adaptés survivent et les autres disparaissent.

Par quelle magie les intérêts particuliers parviennent-ils à une telle harmonie ?

Adam Smith parle d’une main invisible pour expliquer non seulement ce qui est philosophiquement inexplicable mais ce que les faits ont toujours contredit.

 

La théorie de la liberté des échanges ou libéralisme économique postule donc que le marché comporte en lui même sa propre norme et que le rôle d’un état soit limité aux fonctions régaliennes c’est à dire limité à la sécurité des citoyens et à la surveillance du respect des règles de concurrence.

Dans cette même optique les inégalités sociales sont un élément constitutif des échanges : Les individus peuvent faire un usage différent de leurs libertés qui justifiera leur différence de condition : Si certains choisissent de travailler moins ou refusent de prendre des risques ils seront seuls responsables de leur situation moindre. «  Ce ne sont ni les bonnes intentions, ni les besoins de l’intéressé qui lui assureront la meilleure rétribution, mais l’exécution de ce qui est le plus avantageux pour autrui, quel qu’en soit le mobile. » Hayek le mirage de la justice sociale 1973

 

Cette théorie n’est possible cependant que s’il existe une réelle égalité des chances ce qu’aucun économiste ne serait prêt à affirmer : le monde économique est donné, et la sociologie montre que la place des individus, si elle peut être individuellement le résultat d’un mérite ( avec toutes les reserves psychologiques que cette notion suppose ) est statistiquement le résultat d’un contexte socio-culturel.

L’état doit donc non seulement préserver les règles de concurence mais également aider les individus à faire face aux inévitables inégalités.

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