Le pouvoir

Publié le par Christophe Leconte

LE POUVOIR

Intro
Distinction entre le pouvoir de et le pouvoir sur

 

- le pouvoir de ( = capacité de faire, archétype artisanal)  Mais justement, est paradoxalement inversement proportionnel au travail nécessaire.
ð   Plus on a de pouvoir, moins de travail il faut:
Cf la magie comme fantasme du pouvoir et résultat sans travail
Relativité du  « pouvoir de »
Limité par la resistance des choses: Le fantasme de pouvoir absolu reste un fantasme
-         le pouvoir sur

 

Le champs du pouvoir est celui des volontés
n    Peuvent s'unir à moi, (ne sont pas étrangères à ma volonté comme les choses )
n    Peuvent davantage s'opposer à moi ( seule résistance de la chose est l'inertie)
C'est la le sens propre et fort du mot pouvoir: se multiplie par la volonté et l'action d'autrui
 

 

Le problème du pouvoir est alors double :
Technique : Comment obtenir et conserver le pouvoir

 

Politico-juridique : Qu’est-ce qui légitimerait, si cela était possible, le pouvoir qu’aurait certains hommes sur certains autres.

 

 

 

 

 

 

 

I L’ACQUISITION
 

 

A) La force
Fait référence au modèle animal : Dans une meute il y a loup dominant et loup dominé, le pouvoir humain serait un analogue du pouvoir animal, et s’obtiendrait par la force.
(cf. Calliclès) Ceux qui méritent le pouvoir sont ceux qui sont capables de l’obtenir (référence à l’animal, insuffisant)
L’éthologie peut apprendre pas mal de choses sur les rapports humains, mais on ne peut réduire les uns aux autres.
La force de plus se réduit à elle-même, elle crée une situation de fait, un « coup d’état », mais elle n’instaure ni n’installe un pouvoir.
 

 

B) La peur
Distinction :     
La peur comme moyen d’obtenir le pouvoir : Marquer les esprits par sa cruauté ou par le déploiement de sa force, gouvernement par la terreur. Opposition Rousseauiste : Il y aura dans la tranquilité de l’état « plus d’apparence que de réalité », résumé Spinoza : « La paix n’est pas une absence de guerre.
                        La peur comme origine du pouvoir. Argument Hobbesien.
                        Si les hommes se soumettent tous à un pouvoir, c’est qu’ils ont chacun peur les uns des autres «  sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect les hommes sont dans cet état qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. »
Objection Le pouvoir né de la peur n'est qu'un pouvoir mort non un pouvoir vivant ce qui se voit dans les tyrannies où la vie semble se glacer.

 

 

 

C Le désir
 

 

1) Nécessité du désir pour le pouvoir

 

Le vrai pouvoir s'appuie sur le désir de l'autre. On peut penser qu'à l'origine de l'humanité se serait développée une demande dirigée vers certains hommes jugés providentiels. Cf. l’amour des bonapartistes pour Napoléon
Il y a en tout cas dans le pouvoir un fort investissement affectif sans lequel le vrai pouvoir est impossible.
 

 

2) Inversement investissement affectif dans le pouvoir

 

L’amour du pouvoir = génitif objectif ou subjectif, je peux aimer celui qui est au pouvoir
Cf. Adoration des personnes célèbres qui ne sont aimées parce que d'autres les aiment
Cf. processus accumulatif qui fait désirer la célébrité parce qu'elle est investie du désir de l'autre
Accentuation du processus par l'absence de réflexion:
Le pouvoir est donc de l'ordre de l'amour et lorsqu'on parle de l'amour du pouvoir il faut parler de ceux qui s'y soumettent autant que de ceux qui l'exercent. C'est paradoxalement cet amour qui, ce que la peur serait impuissante à faire seule, génère des monstres politiques.
Cependant, le réel problème du pouvoir n’est pas comment l’obtenir, mais comment le garder : « Le plus fort ne l’est jamais assez pour être toujours le maître »
 

 

 

 

II LE MAINTIEN DU POUVOIR
 

 

Usage des ressorts employés pour son acquisition +
 

 

A)    L’imagination
Intervention aussi du désir donc de l’imagination
Le pouvoir s'habille sans cesse d'imagination => une autre démystification. Cf. Pascal «  Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante «  Pensées
- Importance du costume
Pour fasciner, toucher l'imagination il faut au pouvoir un costume. Cette imagination c'est souvent le costume lui-même: c'est " l'hermine " du juge ou le "bonnet carré " du médecin qui connaît Hippocrate au temps de Pascal, avec blouse blanche dans nos pubs, le " képi" etc.
- Importance inversement proportionnelle à la force du pouvoir
Exemple : Pouvoir réel du médecin => abandon du costume.
Pascal nomme ces pouvoir justement des " pouvoirs d'imagination " c'est à dire des pouvoirs qui ne tirent leur être de pouvoir que de ce qu'ils se font passer pour des pouvoirs
- Vanité de ces pouvoirs : En dessous de leur forme ostentatoire il n'y a qu'un vide intérieur que Pascal nomme la "vanité".
- Donc Nécessité d’un recours du pouvoir à l'imagination

 

Par là le pouvoir peut dépasser la faiblesse paradoxale mais irrémédiable du pur rapport direct et frontal de force.
=> Tout pouvoir repose sur un dosage variable de contrainte : Part de force et de croyance, part de désir, d'imagination
Cependant dans un forme moderne le pouvoir a également à opérer une gestion politique
= Il doit articuler les forces diverses, sociales, économiques, régionale, d'opinion, qui constituent son champ, sans quoi il ne dure pas, englouti par ces forces qu'il n'a pas su maîtriser
B)    L’habileté ( Machiavel)
-         L’habilité de l’homme de pouvoir :
Lui permet de dissimuler sa ruse même : « celui qui a su le mieux user du renard est le mieux tombé. Mais il est nécessaire de savoir colorer cette nature et d'être un grand simulateur et un grand dissimulateur » Machavel Le prince Un prince devra toujours prétendre être franc ; prétendre avoir les 5 qualités cits par Machiavel: la clémence, lafidélité, l’humanité, la foi pieuse et la sincérité, les montrer dans l’apparence, mais bien entendu ne pas les respecter si nécessaire. 
-         L’habilité du citoyen :
L’homme crédule et sans habilité croira par exemple que les hierarchies fonctionnelles correspondent à des hiérarchies substantielles, que le roi est, en tant qu’homme, un homme au dessus des autres.
Le demi habile considèrerea que les hiérarchies ne sont que des apparences, que les grands ne se sont donnés «  que la peine de naître », et qu’on doit contester l’ordre social .
L’habile comprend la nécessité de la hiérarchie sans confondre les grandeurs naturelles et les grandeurs d’établissement, en donnant à chacune ce qui lui est dû comme respect : Il serait injuste et ridicule d’honorer l’homme parce qu’il porte un titre de marquis, il serait injuste et ridicule, parce que je méprise l’homme, de ne pas ôter mon chapeau devant le marquis.
 

 

C)    La structure ( La Boetie)
Maintient du pouvoir par un réseau de dépendance du sommet à la base de la pyramide
En dessous du tyran apparaît alors une multitude de petits tyranneaux qui dépendent les uns les autres et de la tyrannie.  « Cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, ces six ont six cent qui en prfitent sous eux, ces six cent tiennent sous eux six mille » La Boetie Traité de la servitude volontare
Derrière l'apparente facilité du pouvoir il y a toute une machinerie de rapports de dépendance, d'intérêts, et de positions qui détruisent tous les autres rapports humains ( considérés comme naïfs)
Cf Etats africains et Russie moderne
C'est parce que le système asservit ( au sens mécanique du terme) entre elles toutes ses pièces qu'il peut être système d'asservissement politique des individus.
La société est alors organisée mais par une structure qui se développe à son détriment..
 

 

Mystification de la structure pour cacher son mécanisme
Necessité de masquer cette structure pour qu’elle soit efficace

 

Ex Les égyptiens qui pensaient qu'on ne pouvait croiser le regard de Pharaon sans périr parce qu'ils ne comprenaient pas la structure hiérarchisée des ministres des prêtres et des scribes
Dans ce cas le pouvoir devient objet de croyance et se fortifie de tout le pouvoir immense de l'homme à croire et qui l'enchaîne par ses idées plus sûrement que tout le pouvoir qu'on pourrait avoir sur lui.
Le pouvoir domination peut donc se caractériser par une mise en place d'une structure complexe d'intérêts, et par la mystification de cette structure, qui fait croire en une supériorité naturelle du pouvoir . => Recours du pouvoir à la force de l’imagination

 D)    L’idéologie ( Arendt)
Systèmes qui associe toutes les forces avec lesquelles le pouvoir doit jouer.
Système de pensée constitué essentiellement dans le souci, conscient ou non de justifier un pouvoir ( en place ou montant ) et les rapports économiques et sociaux qui y correspondent.
L'idéologie se donne un masque de rationalité mais mobilise des passions collectives ( peur haine désir d'identification collective, d'expansion territoriale etc. ) qui lui donnent une force de conviction considérable
Repose en dernière instance sur de positions de domination et des intérêts matériels qui sont ainsi justifiés et dissimulés.
- La fonction de l'idéologie:
·      Transformer le fait en valeur
·      L'oppression en libération
·      L'injustice en droit
C'est donc un travail d'inversion systématique du réel qui donne alors si l'idéologie s'impose, une allure surréaliste au monde.
Illustration par le Novlang ou bien par le titre du journal de propagande PRAVDA
 

 

Donc Le fonctionnement du pouvoir est réglé par la valse permanente de la force, du désir, de l'intérêt, de l'imagination, finalement orchestrée par l'idéologie.
Tel est le pouvoir tel qu’un regard extérieur peut le constater.
 

 

 

 

III LA LEGITIMATION
 

 

A)  Le problème de la question elle-même
Pascal: La légitimité n'est-il pas un faux problème ?
le fait que le pouvoir fonctionne et met un frein aux passions collectives suffit à le légitimer :«  le plus grand des maux est la guerre civile » Pascal
Tout pouvoir est bon du moment qu'il s'impose, le droit n'est pas le fondement du pouvoir c'est au contraire le pouvoir qui est au fondement du seul droit que l'on puisse exiger : la paix civile: " Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble et que la paix fût, qui est le souverain bien." Pensées 81- 299.
Mais cette rédaction du droit au fait n'est autorisée que parce qu'elle a pour corollaire un mouvement absolument contraire, Pascal ne s’intéresse pas à la justice humaine parce que pour lui il existe un autre horizon au désir de justice, Dieu , on n’a pas à chercher ici la justice, elle existe là haut et c’est là qu’il faut la chercher
Ce postulat d'une impossible justice ici bas est donc un argument religieux plus que politique, et la question de la légitimité reste irréductible sur le plan moral.
 
 
B)  Les tentatives de légitimation

 

La légitimité est le doute sur la légalité qui l'évalue selon une référence idéale et éventuellement l'invalide. Le problème du droit du droit va donc être de se trouver un sol: En fonction de quoi décider que tel système de loi est légitime en gardant en mémoire que tout pouvoir produit un discours sur sa propre légitimité.
1) Dieu
Dieu comme fondement de la légitimité: Nuit complètement au problème comme on l'a vu: Ou on nie la possible justice en ce monde ou on fonde sur ce pouvoir intangible un autre pouvoir indiscutable qui renvoie la question de la légitimité à un problème métaphysique: Bossuet dit que le pouvoir du Roi est de droit divin, le problème est plus évacué qu'il n'est résolu.
2)  La nature
Offre l'avantage d'être plus visible en apparence. Cependant toutes les références à la nature sont métaphoriques: Le lion mange certes l’agneau mais les différence entre hommes ne sont justement pas visibles et même si c'était le cas l'homme n'est pas un être naturel il est susceptible par sa pensée et son intelligence, par le langage également de remettre en cause les rapports de puissance naturels Cf. les limites de l’inégalité dans le discours Rousseau.
La nature est donc plus un instrument idéologique du pouvoir qu'un fondement possible
3)  La famille
Entraîne rapports hiérarchiques avec fondement naturel à la fois visible et indiscutable. Confusion entre autorité et pouvoir: L'autorité s'exerce pour le bien de celui sur lequel elle s'exerce, le pouvoir pour le bien de celui sur lequel elle s'exerce. Distinguer l'autorité en prison, armée travail, et autorité en famille hopital école.
Cependant l'inégalité de pouvoir est destinée à être dépassé et sa révocation conduit à d'autre rapports que des rapports de pouvoirs ( mais pas d'autorité au sens strict ) « Les enfants exempts de l'obéissance qu'ils devaient au père, le père exempts des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance » « 'ils continuent de rester unis ce n'est plus naturellement, c'est volontairement ». Rousseau Du contrat social Livre I Ch II
Les rapports dans une famille ont alors pour principe l'amour.
Cela est légitime dans la sphère qui lui est propre mais tout à fait illusoire et idéologique lorsqu'il s'agit du pouvoir: Il est évident que les rapports de l'homme au pouvoir à ses sujets n'a rien à voir avec l'intimité biologique du père avec ses enfants. Il s'agirait alors pour le politique d'une captation de la piété filiale à des fins infantilisante, ou à celles consistant à entamer le processus menant au pouvoir totalitaire. Cf Pascal, le tyran est celui qui mélange les ordres,
4)  Les rapports de force
Rousseau a encore montré qu'ils étaient instable et réversibles et que le droit du plus fort est une expression idéologique vide de sens, c'est un hommage paradoxal que la force rend au droit.
Donc ni les rapports naturels, ni le rapport de force ne peut fonder légitimement le pouvoir.
Il reste alors une chose
5) le savoir.
C'est le thème platonicien du roi- philosophe. Le philosophe est celui qui peut saisir les idées, fonder en raison le préférable pour une cité et, par sa connaissance de ce qui est le meilleur, ne plus laisser l'homme errer dans ses volontés asservies par le désir mais l'orienter vers une plus haute liberté.
Le danger est là manifeste d'un pouvoir qui aurait à discrétion de déterminer pour les individus ce qui est le mieux pour eux, ce qui est leur vouloir réel dont ils sont incapables de prendre conscience. Résurgence cependant de ce type de conception dans l'importance accordée à l'expertise dans la direction de la destinée des peuples.
Ce n'est alors ni sue le pouvoir ni sur le savoir que le pouvoir peut fonder sa légitimité, ce ne peut être, comme l'a vu Rousseau, que sur le vouloir.
 

 

C/ la légitimité effective : le contrat social
 

 

A) Enoncé

 

Assure la validité d'une société formée sur le vouloir humain et qui ne la dénature pas : «  trouver une forme d'association qui défende et protège la liberté de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui même et reste aussi libre qu'auparavant ». Rousseau, Du contrat social, livre I Ch. VI
Le contrat n'a cependant pas la nécessité d'être explicitement passé sous la forme d'un événement, il est plutôt l'essence implicite du rapport entre les individus et le tout.
D'où également la volonté générale «  la volonté générale seule peut diriger les forces de l'état selon la fin de son institution qui est le bien commun. »
Ainsi le seul pouvoir légitime est l'état républicain qui se fonde sur la souveraineté populaire et donne vie à la volonté générale. qui a pour norme le bien commun et pour forme d'accomplissement la loi qui délivre de l'emprise de l'intérêt particulier.
Encore faut il toujours prendre garde à une dérive possible du pouvoir, à une perversion de la volonté générale par les volontés individuelles, à une perversion de cette volonté par son incarnation.

B) Les garanties contre l'abus de pouvoir.

 

1) les constitutions
Bien entendu tout le jeu des constitution consistent justement à permettre un fonctionnement d'un gouvernement mais à éviter également ( d'où l'équilibre des pouvoirs, la surveillance mutuelle qu'ils exercent sur leur propre dérive ) toute captation par le pouvoir de la souveraineté, car le gouvernement se délègue mais la souveraineté est indivisible et inaliénable.
2) l'individu
Il faut également que la conscience individuelle, comme le rappelle Alain dans ses propos sur le pouvoir prenne distance avec le pouvoir, dans un exercice critique et libérateur. Aucun système de légitimité pourra aborder en lui et régler de lui même le fonctionnement du pouvoir qui tend toujours à devenir totalitaire.
Alain invite donc à un engagement de dégagement et nous fait comprendre que la seule limite, le seul contre pouvoir véritable ( qui ne doit pas d'ailleurs vouloir être institué ) n'est que notre propre pouvoir sur nous-mêmes et nos passions, sur notre volonté, pouvoir qui nous appartient absolument 
3) conclusion sur la légitimité
La légitimité d'un pouvoir ne se mesure donc pas tant de manière positive au fondement dont il se réclame et à la perfection de ses formes institutionnelles, cette forme abstraite peut toujours être résorbée par le fonctionnement concret du pouvoir, ( ce n'est pas parce qu'un pouvoir est légitime que toutes ses décision sont ) - que de manière négative par la pratique concrète de contestation, d'interrogation et d'intervention qui en traverse sans cesse le fonctionnement.
Tout comme il y a un critère, dit Popper, de falsification d'une théorie qui en assure la scientificité, il y aurait un critère de contestabilité du pouvoir ( et non d'une base de légitimité incontestable et " scientifique" critère de légitimité qui est en fait le principe de fonctionnement totalitaire car dispensant de rendre compte de soi à personne. ( Cf. l'histoire du «  on peut pas se plaindre... » ) Ce n'est pas l'invitation à l'anarchisme, mais à, comme le dit Alain « l'obéissance irrespectueuse » , obéissance qui admet le fait du pouvoir puisqu'il est nécessaire mais qui, irrespectueusement en discute les actes.
 

 

 

Publié dans Cours

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